Ituri : à la plaine Savo, les combats ont triplé le nombre de déplacés, désormais confrontés à la faim et à la malnutrition

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Le camp de déplacés de la plaine de Savo, en Ituri [photo d'illustration]
Le camp de déplacés de la plaine de Savo, en Ituri [photo d'illustration]

Par Gloire Balolage

À Bule, le silence d’une ville fantôme n’est interrompu que par le pas de quelques soldats. Dans cette province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, les civils font face à une double peine : la terreur des affrontements armés et la menace d’une épidémie d’Ebola.

Face à l’explosion de la violence qui a poussé des familles entières à l’exode, le nouveau gouverneur militaire, le général Kasongo Mulumba, s’est rendu sur place pour évaluer une crise sécuritaire en nette détérioration. D’après les observations des Nations unies, la population du camp de la plaine Savo a littéralement triplé, s’enfonçant dans une détresse humanitaire absolue.

Pour les rescapés, selon RFI, les souvenirs de la fuite restent d’une brutalité saisissante. L’abbé Dieudonné, qui dort désormais au pied d’un château d’eau, contemple au loin les restes de son ancienne paroisse. Tout a basculé en décembre dernier avec l’embrasement des combats opposant l’armée nationale (FARDC) au groupe armé CRP. Le prêtre raconte avoir évacué sous un déluge de feu vers 17 heures, alors que les tirs de mitrailleuses et les obus traversaient les murs du bâtiment religieux, détruit par des militaires aujourd’hui écroués.

La région est le théâtre d’un enchevêtrement de conflits meurtriers aux multiples acteurs. Depuis la fin de l’année 2025, la détérioration sécuritaire s’est accélérée à mesure que s’affrontent les forces régulières, la milice Codeco à dominante lendu et le mouvement politico-militaire de la Convention révolutionnaire populaire (CRP), principalement composé de membres de l’ethnie Hema. Bien que la présence de l’armée ougandaise ait permis d’atténuer les assauts de la Codeco, la résurgence des combats entre les FARDC et la CRP a fini de prendre en étau la population civile du site de la plaine Savo.

Sur le terrain, la mort a laissé des traces indélébiles parmi la population. Guidant les visiteurs à travers les fosses communes du camp, Floribert Dezunga, président de la société civile locale, pointe du doigt les sépultures d’une partie des 23 personnes tuées depuis le début de l’année, selon les chiffres de l’ONU. Il témoigne avec émotion de la perte de son propre père, abattu le 24 avril 2026 par des balles attribuées aux forces gouvernementales, tout en signalant que des dépouilles non enterrées gisent encore en décomposition dans la zone. Sollicitée à ce sujet, la hiérarchie militaire n’a pas souhaité réagir.

Au-delà de la violence armée, c’est une crise de famine aiguë qui ravage le quotidien des familles. Devant la tente de consultation pédiatrique, Ezibe serre contre elle son neuvième enfant, brûlant de fièvre, tout en portant le deuil d’un autre de ses fils, âgé de 5 ans seulement, mort de faim. Faute d’approvisionnement et d’aide, les sinistrés en sont réduits à ne prendre qu’un unique repas par jour, le soir.

Le personnel médical tire la sonnette d’alarme face à l’explosion des cas de dénutrition sévère. Le docteur Aimé cite l’exemple frappant de deux jeunes orphelines dont la mère a été tuée et le père est porté disparu, venues consulter pour la plus petite, rongée par le manque de nourriture. Le praticien constate une hausse massive de la malnutrition depuis janvier, touchant indistinctement enfants et adultes, un phénomène directement lié à l’impossibilité pour les habitants d’accéder à leurs cultures.

Une barrière invisible mais mortelle empêche tout accès aux ressources vitales. Bien que les champs soient visibles à quelques mètres seulement du camp, les déplacés n’osent pas s’y aventurer : les militaires congolais les accusent d’être des alliés ou des infiltrés de la CRP, une accusation rejetée par le groupe armé lui-même.

Franchir la limite du site expose ainsi ces 76 000 personnes piégées à des arrestations, des violences sexuelles ou à la mort. Malgré le cessez-le-feu unilatéral décrété par la CRP en mai et une baisse relative des combats soulignée par l’ONU, les mouvements restent extrêmement restreints et l’impasse humanitaire demeure totale.

Mercredi 12 août 2026 - 11:28