Par Prosper Buhuru
La coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) a saisi, par une lettre ouverte datée du 9 février 2026, la Société américaine de financement du développement (DFC) pour l’alerter sur les risques majeurs de corruption liés au projet d’acquisition par le consortium Orion CMC d’une participation de 40 % dans les actifs de Glencore en République démocratique du Congo.
Au cœur des préoccupations de la coalition figurent les projets miniers de Kamoto Copper Company (KCC) et de Mutanda Mining, deux exploitations stratégiques de cuivre et de cobalt, toujours liées, selon la société civile, à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, sanctionné en 2017 par le Trésor américain en vertu de la loi Magnitsky pour corruption à grande échelle en RDC.
Le CNPAV rappelle que, depuis plus de quinze ans, des mécanismes contractuels opaques ont permis à Dan Gertler de percevoir des royalties issues de la production de KCC et de Mutanda. Ces redevances, qui auraient dû bénéficier à la Gécamines et au Trésor public congolais, ont été, selon la coalition, détournées au profit de sociétés privées lui appartenant. Des pratiques qualifiées de gains illicites, dont l’impact financier pour la RDC est estimé à plus de deux milliards de dollars depuis 2010.
La coalition souligne que toute acquisition d’actifs liés à KCC et Mutanda reviendrait, de fait, à maintenir des relations d’affaires avec une personne sous sanctions américaines, exposant ainsi toute entreprise américaine à un risque juridique. Si le Gouvernement américain chercherait, selon Bloomberg, à encadrer la transaction envisagée par Orion CMC, les modalités concrètes demeurent floues, renforçant les inquiétudes exprimées à l’égard de la DFC.
Au-delà du cas Gertler, la lettre ouverte met en cause le passif des entreprises impliquées. Glencore, propriétaire actuel des actifs, a déjà été condamnée à de lourdes amendes en Suisse et dans le cadre d’accords conclus avec les États-Unis, le Royaume-Uni et le Brésil pour des faits de corruption dans plusieurs pays, dont la RDC. Orion, de son côté, est pointé pour des scandales récents en Guinée, où des sociétés qu’il contrôle ont été accusées de fraude, de corruption et de graves atteintes environnementales, certaines ayant donné lieu à des sanctions financières et à des enquêtes judiciaires toujours en cours.
Face à ces éléments, la coalition CNPAV appelle la DFC à conditionner toute implication dans ce projet à un désengagement total et sans compensation de Dan Gertler de ses actifs congolais, notamment les droits à royalties sur KCC et Mutanda. Elle exhorte également l’institution américaine à mener une diligence renforcée afin d’éviter tout partenariat avec des entreprises n’ayant pas démontré de rupture claire avec des pratiques de corruption.
À travers cette interpellation, la société civile congolaise place la DFC devant une responsabilité stratégique : celle de ne pas cautionner, sous couvert de transition énergétique et d’investissements miniers, des mécanismes qui perpétuent la prédation des ressources naturelles au détriment de l’intérêt public congolais.