Par Serge Mavungu
La première année du Gouvernement Suminwa II a été marquée, dans le secteur du Commerce extérieur, par plusieurs mesures présentées comme des avancées en faveur de la production nationale et de l’ouverture de nouveaux débouchés. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a notamment fait état de la protection de 17 produits fabriqués en RDC, de l’accès à de nouveaux marchés internationaux et de la réforme réservant le petit commerce aux Congolais.
Face à la presse, le ministre a également évoqué la réadmission de la RDC à l’AGOA, l’accord commercial conclu avec les Émirats arabes unis, l’accès préférentiel au marché britannique ainsi que la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Selon les chiffres communiqués par Julien Paluku, les exportations congolaises vers les États-Unis sont passées de 280 millions de dollars en 2020 à 1,2 milliard de dollars en 2026. Il a également présenté les mesures prises pour faciliter le commerce transfrontalier, moderniser le contrôle des produits et renforcer leur traçabilité.
17 produits locaux protégés
La protection de l’industrie locale constitue l’un des principaux axes de la politique présentée par Julien Paluku. Près de 17 produits fabriqués en République démocratique du Congo bénéficient actuellement de mesures de sauvegarde conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Le ciment, les carreaux et faïences, les câbles électriques ainsi que le charbon utilisé dans le secteur minier figurent notamment parmi les produits concernés.
Selon le ministre, ces mesures visent à limiter certaines importations lorsque la production nationale est en mesure de répondre aux besoins du marché. Elles doivent également contribuer à préserver les emplois, soutenir les entreprises locales et réduire les sorties de devises.
Le dispositif implique plusieurs services de l’État, notamment les douanes, l’Office Congolais de Contrôle (OCC), les forces de sécurité et les administrations concernées.
Une mission conjointe avec le ministère de l’Économie nationale a par ailleurs été menée dans plusieurs provinces afin d’évaluer les mécanismes de protection des minoteries locales et de renforcer la production nationale de farine de maïs.
La RDC facilite ses échanges commerciaux
Autre avancée présentée par le ministre : la ratification de l’Accord sur la facilitation des échanges de l’OMC.
Après son adoption par le Gouvernement, son vote au Parlement et sa promulgation par le Chef de l’État, les instruments de ratification ont été officiellement déposés à Genève.
Cette réforme doit contribuer à simplifier les procédures commerciales, fluidifier les échanges et renforcer l’attractivité économique de la RDC, tout en préservant les intérêts de l’industrie nationale.
Le petit commerce réservé aux Congolais
Sur le marché intérieur, Julien Paluku a insisté sur la réforme définissant les activités commerciales réservées aux Congolais.
Le décret signé fin mars 2026 par la Première ministre précise le champ du petit commerce et le réserve aux opérateurs nationaux. Les activités nécessitant des investissements importants, notamment les supermarchés, les hypermarchés, l’hôtellerie et la vente de véhicules neufs, restent ouvertes aux investisseurs étrangers.
Le 30 septembre 2026 constitue l’échéance annoncée pour l’application stricte de cette réglementation.
À Kinshasa, les opérations d’identification des opérateurs ont déjà été menées dans les 24 communes avec l’appui de la Police nationale congolaise.
Le ministère affirme désormais disposer d’une base de données comprenant notamment les adresses, les documents administratifs et les localisations des opérateurs concernés.
De nouveaux marchés pour les produits congolais
L’ouverture de nouveaux débouchés constitue un autre volet important de l’action présentée par Julien Paluku.
La réadmission de la RDC à l’AGOA figure parmi les principales avancées citées par le ministre. Ce dispositif commercial américain permet aux produits congolais éligibles de bénéficier d’un accès préférentiel au marché des États-Unis.
D’après les chiffres communiqués par Julien Paluku, les exportations congolaises vers les États-Unis sont passées de 280 millions de dollars en 2020 à 1,2 milliard de dollars en 2026.
La RDC a également conclu un Accord de partenariat économique global avec les Émirats arabes unis, ouvrant le marché émirati à près de 6 000 produits congolais.
Un accord commercial conclu avec le Royaume-Uni permet par ailleurs aux produits congolais de bénéficier d’un accès préférentiel au marché britannique dans le contexte post-Brexit.
Le RECOS pour les petits commerçants transfrontaliers
Le Gouvernement mise également sur le Régime commercial simplifié (RECOS) pour faciliter les échanges des petits commerçants avec les pays voisins.
Un arrêté interministériel signé avec le ministère des Finances prévoit une exonération des droits de douane pour les marchandises dont la valeur ne dépasse pas 500 dollars.
Le dispositif est déjà opérationnel avec le Burundi et l’Ouganda. Son extension à la Zambie est en cours.
À Kasumbalesa, Julien Paluku a également annoncé la suppression progressive de certaines pratiques frauduleuses connues sous les appellations « Bilanga » et « Bambaro ». Selon lui, ces pratiques occasionnent des pertes importantes de recettes publiques et mettent en danger les usagers.
La ZLECAf pour accélérer l’intégration africaine
En sa qualité de coordonnateur gouvernemental de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), Julien Paluku a expliqué que la RDC poursuit la mise en œuvre progressive des concessions tarifaires prévues dans le cadre de cet accord.
Une réduction annuelle de 10 % des droits de douane est intégrée dans la loi de finances, avec pour objectif d’aboutir à la suppression complète des barrières tarifaires à l’horizon 2035.
La RDC négocie également l’accueil d’un système africain de paiement qui permettrait aux opérateurs économiques d’effectuer leurs transactions en monnaies nationales, réduisant ainsi leur recours au dollar américain.
Cacao, soja et piment parmi les filières à fort potentiel
Pour permettre aux producteurs congolais de profiter des nouveaux débouchés, le ministère mise également sur l’information des opérateurs économiques.
Des matinées pédagogiques sont organisées avec la Fédération des entreprises du Congo (FEC), tandis que les mercuriales des prix internationaux sont régulièrement publiées.
Julien Paluku a notamment cité le cacao, le soja et le piment parmi les filières présentant un important potentiel d’exportation, compte tenu de la demande internationale.
Il encourage les producteurs à investir davantage dans ces cultures susceptibles de générer davantage de valeur ajoutée pour l’économie nationale.
L’OCC renforce le contrôle des produits
La modernisation de l’Office Congolais de Contrôle constitue enfin un autre volet présenté par le ministre.
De nouveaux laboratoires ont été construits et inaugurés à Kalemie, Lubumbashi, Matadi et Kinshasa afin de renforcer les capacités nationales d’analyse et de contrôle des produits.
Dans les prochaines semaines, l’OCC doit également lancer un système national de traçabilité basé sur le QR Code. Les consommateurs pourront ainsi vérifier avec leur téléphone si un produit a été contrôlé et certifié.
Le dispositif doit notamment concerner les médicaments et permettre d’identifier plus rapidement les produits non conformes ou impropres à la consommation, tout en facilitant leur signalement aux services compétents.
À travers ces différentes mesures, Julien Paluku présente le commerce extérieur comme un levier de soutien à la production nationale, d’ouverture de nouveaux marchés et de transformation de l’économie congolaise.