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Nord-Kivu : l'éducation sacrifiée sur l'autel de l'extorsion dans les zones sous contrôle de l'AFC/M23 [Tribune]

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Patient Komayombi, activiste prodémocratie et défenseur des droits humains
Patient Komayombi, activiste prodémocratie et défenseur des droits humains

Par Patient Komayombi, activiste prodémocratie et défenseur des droits humains

Depuis l'incursion et l'installation des rebelles de l'AFC/M23 dans les zones qu'ils occupent, la population subit une pression financière asphyxiante à travers la multiplication de taxes et d'impositions sur les ménages. Aujourd'hui, c'est l'éducation elle-même qui est transformée en un nouveau champ d'extorsion.

Il convient de rappeler une vérité fondamentale : la gratuité de l'éducation de base n'est pas une faveur, mais une obligation constitutionnelle impérative. L'article 43 de la Constitution de la République démocratique du Congo dispose clairement que : « Toute personne a droit à l'éducation scolaire » et que « l'enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics ».

Sous l'impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi, la gratuité de l'enseignement primaire a été concrétisée par des actes d'État structurants :

- La prise en charge effective des enseignants : la gratuité s'est matérialisée par la mécanisation et le paiement direct des enseignants par le Trésor public, libérant ainsi les parents du fardeau historique de la « prime » ;

- La consolidation du système éducatif national : malgré les défis budgétaires, le gouvernement congolais a instauré une politique pérenne visant à garantir le droit constitutionnel à l'instruction pour chaque enfant congolais, sans exclusion.

En réimposant des grilles de frais scolaires sous couvert de « frais d'appui au social » ou de « frais de fonctionnement » imposés aux parents (allant de 5 000 FC à 45 000 FC au primaire, et jusqu'à 240 000 FC au secondaire), l'administration parallèle démontre sa volonté de détruire le principe de gratuité au profit d'une fiscalité prédatrice.

Cette pression financière s'exerce sur une population économiquement épuisée par les pillages perpétrés par les éléments rwandais, privée d'infrastructures bancaires, et victime d'une économie extravertie où les étrangers détiennent le monopole sur la majorité des produits de consommation. Pire encore, les recettes ainsi extorquées ne sont nullement réinvesties dans la communauté locale, mais servent directement à financer des constructions et des intérêts situés dans les pays voisins.

Du déficit d'instruction à l'instrumentalisation de la misère

Le parcours individuel ou les éventuelles lacunes scolaires du gouverneur nommé par l'AFC/M23, Erasto Bahati, ne sauraient en aucun cas dicter ou justifier une politique publique qui bafoue le droit à l'éducation des enfants. Un sentiment de frustration personnelle ou un déficit d'instruction dans le passé ne donnent aucun droit de transformer l'école en un outil de punition collective ou de marchander l'avenir de la jeunesse. La revanche sociale ou l'aigreur personnelle ne doivent pas se payer au prix de la sueur et des larmes des citoyens.

Avoir manqué le chemin de l'école ne confère aucune légitimité pour rançonner une population déjà meurtrie. Les familles du Nord-Kivu subissent de plein fouet les conséquences catastrophiques du conflit : déplacements forcés, pillages de leurs biens, pertes de leurs moyens de subsistance et effondrement du tissu économique local. Dans un tel contexte de vulnérabilité extrême, exiger des contributions financières scolaires exorbitantes dans des zones sous contrôle armé constitue une cruauté intolérable. C'est imposer une double peine à des ménages dépouillés de tout, contraints de choisir entre nourrir leurs enfants ou payer un droit d'accès à la classe sous la menace de la contrainte.

L'urgence d'une protection internationale de l'éducation sous occupation

Face à cette dérive commerciale de l'enseignement en zone d'occupation, il y a urgence à agir. La communauté internationale, ainsi que les organismes chargés de la protection des droits de l'enfant et du droit humanitaire, ne peuvent rester des spectateurs passifs. Ils doivent impérativement intervenir pour recadrer les actions des rebelles de l'AFC/M23 et fixer des lignes rouges infranchissables concernant l'éducation et les services sociaux de base.

Il convient de rappeler avec force qu'un arrêté provincial estampillé par des détenteurs d'armes et une administration de fait ne saurait en aucun cas remplacer la légitimité des institutions de la République. L'éducation, pilier de la liberté et de l'émancipation, ne peut s'épanouir sous un régime fondé sur le pillage, l'extorsion et la violence.

Pour redonner un espoir et un avenir digne aux enfants du Nord-Kivu, il est impératif de restaurer l'autorité et la souveraineté de l'État congolais sur toute l'étendue du territoire national. Seule la puissance publique légitime est en mesure de garantir l'effectivité d'une véritable gratuité de l'enseignement de base, le respect des droits humains et la préservation de la dignité de nos concitoyens.

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Jeudi 3 septembre 2026 - 13:01