Par Prosper Buhuru
La réforme numérique de l’administration fiscale commence à produire des effets sur les recettes publiques en République démocratique du Congo. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, affirme que la télédéclaration de la TVA et le déploiement de la facture normalisée ont permis d’accroître sensiblement les montants collectés chaque mois.
Intervenant, ce jeudi 3 septembre 2026, dans l’émission « Redevabilité » sur la RTNC, le ministre a indiqué que les recettes mensuelles issues de la Taxe sur la valeur ajoutée sont désormais supérieures à 320 milliards de francs congolais, alors qu’elles se situaient auparavant autour de 280 milliards.
Pour le gouvernement, cette progression ne constitue, toutefois, qu’une étape. L’ambition affichée est de parvenir à doubler les recettes de la TVA lorsque l’ensemble des mécanismes de la réforme fiscale seront pleinement opérationnels.
Cette évolution s’inscrit dans un programme plus large de modernisation des finances publiques engagé depuis l’entrée en fonction du gouvernement dirigé par Judith Suminwa, en juin 2024. La généralisation de la télédéclaration à la Direction générale des impôts, l’amélioration de la collecte de l’Impôt professionnel sur les rémunérations et l’introduction progressive de la facture normalisée figurent parmi les principales mesures mises en avant.
Les recettes internes attendues à 33 000 milliards FC
La stratégie du gouvernement vise également une progression globale des recettes domestiques. D’après les projections présentées par Doudou Fwamba, celles-ci devraient atteindre 33 000 milliards de francs congolais en 2026, contre 28 700 milliards en 2025 et environ 27 000 milliards en 2024.
Le ministre situe ainsi à près de 10 % la hausse moyenne du niveau de mobilisation des recettes internes.
Cette dynamique devrait également se traduire par une augmentation de la pression fiscale, annoncée à 12,5 % en 2026 contre environ 11,7 % l’année précédente.
Une administration fiscale davantage connectée
Pour le ministre des Finances, l’augmentation des recettes ne repose pas simplement sur une pression accrue exercée sur les contribuables déjà identifiés. L’un des principaux leviers réside dans l’élargissement de l’assiette fiscale, notamment grâce à la mise en réseau des différentes régies financières.
Un entrepôt de données a déjà été installé pour permettre le croisement des informations. Selon Doudou Fwamba, deux régies sur trois ont déjà intégré leurs données dans ce système, tandis que la dernière devrait être connectée au cours du mois prochain.
À terme, l’administration entend pouvoir retracer le parcours économique d’un même opérateur, depuis les opérations douanières jusqu’aux déclarations fiscales. Le système doit notamment faciliter l’identification des contribuables qui ne respectent pas leurs obligations.
300 millions USD consacrés à la modernisation douanière
La transformation numérique concerne également la douane. Le gouvernement a mobilisé 300 millions de dollars pour financer la modernisation de cette administration, grâce à une syndication réunissant quatre banques.
À Kasumbalesa, des ponts-bascules ont déjà été installés. Le même dispositif doit progressivement être déployé à Mokambo et Sakania.
Le projet prévoit leur interconnexion avec les scanners, la plateforme SydoniaWorld et le Guichet unique du commerce extérieur. L'objectif est de renforcer la traçabilité des marchandises, de réduire les procédures physiques et de mieux lutter contre la fraude.
Plus de 150 millions USD pour la transformation numérique
Le programme E-Finance constitue un autre volet de cette réforme. Mis en œuvre avec l’appui de Huawei, il représente, selon le ministre, un financement de plus de 150 millions de dollars.
Les ressources doivent notamment servir à interconnecter les régies financières, renforcer les centres de données et déployer des outils numériques de gestion, notamment les systèmes ERP de la DGI.
Pour le gouvernement, la numérisation doit donc devenir un instrument de contrôle, de traçabilité et d’élargissement de l’assiette fiscale, avec l’objectif de limiter les possibilités de fraude tout en améliorant durablement les recettes de l’État.
Le cadre macroéconomique en toile de fond
Doudou Fwamba a enfin rappelé que ces réformes sont conduites dans un contexte de stabilisation progressive des principaux indicateurs macroéconomiques.
Le ministre a notamment évoqué la situation de décembre 2023, marquée par une inflation de 23 %, une dépréciation de 24 % de la monnaie et des réserves de change évaluées à environ 5,5 milliards de dollars.
Selon lui, les mesures engagées depuis son entrée au gouvernement en juin 2024 ont contribué à stabiliser progressivement le cadre macroéconomique. Cette stabilisation est présentée comme un préalable à la consolidation des recettes publiques et à la poursuite des réformes fiscales et douanières.