Par la Rédaction
Face à l'urgence éducative qui frappe l'est de la République démocratique du Congo, le député national honoraire élu de Goma Jean-Baptiste Muhindo Kasekwa a adressé un plaidoyer formel au président de l'Assemblée nationale. Dans sa correspondance, l'ancien parlementaire tire la sonnette d'alarme sur le risque d'une rupture académique majeure menaçant des dizaines de milliers d'étudiants dans les villes de Goma et Bukavu.
Jusqu'alors, les autorités congolaises avaient réussi à maintenir le fonctionnement de l'enseignement supérieur et universitaire (ESU) dans ces zones sous contrôle de l'AFC/M23 depuis le début de l'année 2025. Cette continuité s'inscrivait dans le respect de la résolution 2601 du Conseil de sécurité de l'ONU, visant à préserver l'éducation lors des conflits armés. L'ex-député salue cette posture gouvernementale qui refusait de transformer le secteur académique en enjeu militaire.
Cependant, la situation s'est détériorée lorsque le mouvement AFC/M23 a désigné unilatéralement de nouveaux dirigeants à la tête des comités de gestion des établissements publics. Cette ingérence directe dans la gouvernance universitaire constitue, selon lui, une violation grave du principe de neutralité de l'espace académique ainsi que de la souveraineté de l'État congolais.
En réplique à ces nominations arbitraires, le ministère de tutelle a décidé le 20 août de suspendre les activités académiques et para-académiques pour l'année 2026-2027 dans 11 institutions publiques de Goma et Bukavu. Bien que motivée par la défense de la légalité, cette sanction administrative frappe de plein fouet environ 44 000 étudiants, perturbant les examens de seconde session et hypothéquant la fin de l'année 2025-2026.
Le texte souligne par ailleurs l'inapplicabilité des mesures d'accueil proposées pour transférer les étudiants vers des zones non affectées. Outre le blocage des axes routiers sous prétexte sanitaire et les risques de rétorsion de la rébellion, l'appauvrissement des familles rend impossible la prise en charge des frais dans le privé ou le financement de déplacements et de logements dans des villes éloignées.
La détresse touche également le personnel universitaire, confronté à la suspension globale de ses rémunérations et à des procédures de révocation administrative. Muhindo Kasekwa rappelle que certains agents reconduits par le mouvement armé avaient été légitimement nommés par l'État en 2023, ce qui exige un examen au cas par cas pour éviter des sanctions collectives injustes. De plus, les enseignants risquent des contraintes physiques de la part de l'AFC/M23 d'un côté, et des radiations administratives de l'autre.
Pour sortir de cette crise, le plaidoyer formule plusieurs recommandations concrètes à l'intention de la représentation nationale. Il réclame l'interpellation de la ministre de l'ESU pour réévaluer la suspension des cours et suggère de saisir d'urgence la diplomatie internationale, incluant l'UNESCO, l'Union africaine, la SADC et l'EAC, afin d'exiger l'annulation des nominations faites par le groupe armé.
Enfin, l'initiative appelle les médiateurs, notamment l'État du Qatar, à faire appliquer le protocole d'accord de Doha garantissant l'accès des civils aux services essentiels. Selon lui, une résolution négociée entre le ministère et les parties sur la gestion des postes vacants reste la seule voie pour préserver l'avenir scientifique et professionnel de la jeunesse du Nord et du Sud-Kivu.