Par Don Benjamin Makolo
L’affaire Vally Amisi continue de susciter des interrogations autour des circonstances de sa mort et de l’enquête menée après l’interpellation à Brazzaville de Béni Mukena Mwepu, présenté comme le principal suspect. Dans une vidéo publiée ce mardi 25 août 2026, Me Joël Cadet, avocat-conseil de la famille de Vally Amisi, a livré plusieurs éléments concernant notamment la circulation d’une vidéo d’interrogatoire et les conditions dans lesquelles elle aurait quitté la République du Congo.
S’exprimant sur les pratiques liées aux enquêtes judiciaires, l’avocat a d’abord estimé que certaines informations ne devraient pas être rendues publiques au stade préjuridictionnel.
« Vous savez que dans notre pays, il y a une erreur qui se commet beaucoup, surtout chez les journalistes. Pourtant, l’instruction préjuridictionnelle est secrète. Elle est inquisitoire et contradictoire. Donc, lorsqu’une personne est arrêtée au stade de l’instruction préjuridictionnelle, toutes ces informations, jusqu’au moment où l’affaire arrive devant le tribunal ou la cour, ne doivent pas être connues du public », a-t-il déclaré.
Me Joël Cadet a notamment évoqué la publication, dans le passé, de procès-verbaux d’audition de personnes arrêtées, estimant que cette pratique participe à une recherche de « buzz ».
Il s’est ensuite attardé sur le cas de Béni Mukena, arrêté à Brazzaville dans le cadre de l’enquête sur la mort de Vally Amisi. La République démocratique du Congo avait annoncé début août l’interpellation du suspect à Brazzaville et le lancement des démarches en vue de son transfèrement vers Kinshasa.
Selon l’avocat, des informations faisant état de demandes d’argent formulées par deux colonels impliqués dans l’arrestation de Béni Mukena auraient été rapportées à la famille.
« J’ai lu, avant de venir ici, que Brazzaville News disait que si l’extradition tardait, c’était parce que les deux colonels qui l’avaient arrêté, ceux dont cette jeune femme parlait pour le livrer, demandaient également de l’argent. Lorsque le frère de Vally est allé là-bas, ils lui auraient demandé 20 000 dollars », a affirmé Me Joël Cadet.
L’avocat affirme ensuite qu’une vidéo aurait été demandée afin de démontrer que Béni Mukena était effectivement détenu à Brazzaville.
« Il leur a dit : pour prouver aux gens ici que vous l’avez arrêté, donnez-moi une vidéo afin que je puisse repartir avec elle. Il est alors revenu avec cette vidéo, qui a ensuite été séquencée et découpée », a-t-il expliqué.
Selon son récit, la vidéo qui a circulé en RDC ne serait donc pas complète.
« La vidéo qu’on nous a montrée n’est pas complète, selon les informations en notre possession. Elle ne l’est pas », a insisté l’avocat.
Me Joël Cadet soutient également que certaines personnes apparaissant ou étant citées dans la séquence auraient été identifiées, avant que certaines parties de l’enregistrement ne soient, selon lui, retirées.
« Il a d’abord montré les personnes qui étaient citées dans la vidéo. Comme la vidéo qui nous a été montrée n’était pas complète, il a effectivement cité certaines personnes. Lorsqu’il hésitait en disant que ces personnes étaient des hauts placés, il les a également citées », a-t-il déclaré.
L’avocat affirme encore que des personnes auraient remis de l’argent à l’intermédiaire qui avait obtenu la vidéo, avant que certaines séquences ne soient coupées.
« Mais lorsqu’ils lui ont donné de l’argent, il a pris cet argent, l’a mis dans sa poche, puis il a coupé la partie qui ne devait pas être montrée à leurs proches », a poursuivi Me Joël Cadet.
Toujours selon l’avocat-conseil de la famille de Vally Amisi, ces faits auraient conduit les autorités de Brazzaville à ouvrir une enquête visant notamment deux colonels et certains policiers.
« À Brazzaville, ils ont ouvert une enquête. Dans cette enquête, les deux colonels ont été rétrogradés. Ils étaient colonels et sont devenus brigadiers, autrement dit ils ont été ramenés au rang de sergents. Les deux colonels qui étaient sur place sont concernés. D’autres policiers ont également été arrêtés et devraient comparaître devant une juridiction disciplinaire », a-t-il affirmé.
Me Joël Cadet estime désormais que les autorités de la République du Congo doivent poursuivre les investigations afin de déterminer comment la vidéo d’interrogatoire a pu se retrouver en République démocratique du Congo.
« À Brazzaville, à ce stade, il faudrait terminer l’enquête afin de savoir comment cette vidéo a fuité pour arriver ici, au Congo », a-t-il déclaré.
Interrogé sur la possibilité que certains responsables aient cherché à faire pression sur des personnalités à Kinshasa, l’avocat a répondu par l’affirmative.
« Oui. Cela signifie que la mort de Vally est devenue une affaire de coopération. Depuis sa mort, et même avant sa mort, c’est devenu une affaire de coopération. Donc, celui qui entre dans cette affaire doit lui aussi en tirer profit », a-t-il déclaré.
Ces révélations interviennent alors que l’enquête sur la mort de Vally Amisi se poursuit. À ce stade, les accusations formulées par Me Joël Cadet concernant des demandes d’argent, des faits de corruption ou d’éventuelles manipulations de la vidéo constituent des allégations qui devront être établies par les enquêtes compétentes.
Les autorités judiciaires n’avaient, au moment de la rédaction, pas officiellement confirmé l’ensemble de ces accusations. Radio Okapi avait notamment rapporté que la vidéo d’interrogatoire circulant sur les réseaux sociaux n’avait pas encore fait l’objet d’une confirmation officielle quant à son authenticité et à sa valeur probante.