Par Prosper Buhuru
Deux organisations citoyennes, Badilika Droits Humains et le Mouvement citoyen Filimbi, ont adressé une correspondance urgente à la ministre des Affaires étrangères, dénonçant de graves dérives dans la délivrance des passeports biométriques au centre temporaire de capture de Beni, au Nord-Kivu. Dans cette correspondance parcenue à opinion-info.cd, ce vendredi 28 novembre 2025, ces deux organisations alertent sur un "système d’extorsion organisé" qui porte atteinte aux droits fondamentaux des citoyens.
L’opération de capture, lancée officiellement le 24 octobre après un enregistrement symbolique du gouverneur militaire, avait suscité un large engouement de la population. Mais selon les enquêtes menées par ces organisations, des pratiques illégales se seraient rapidement installées.
Les auteurs du rapport affirment que, malgré le tarif officiel de 75 USD fixé par le ministère et payable en banque, des agents "se réclamant de l’ANR" exigent 30 USD supplémentaires à chaque demandeur au moment du dépôt. Le personnel affecté à la capture biométrique impose aussi 20 USD de plus, sans reçu ni base légale. Ceux qui refusent ces frais illicites seraient soumis à de longues attentes, pouvant aller de deux à quatre semaines, tandis que les demandeurs qui cèdent à la corruption sont servis immédiatement.
Ces pratiques constituent, selon les signataires, une discrimination économique, un abus de pouvoir et une atteinte grave au principe d’égalité d’accès au service public, dans une région déjà fragilisée par l’instabilité sécuritaire.
Badilika et Filimbi demandent l’ouverture urgente d’une enquête indépendante pour identifier les auteurs et leurs éventuels supérieurs hiérarchiques, ainsi qu’un audit des fonds perçus. Elles demandent également l’application de sanctions disciplinaires et judiciaires, la garantie d’un accès équitable au passeport au tarif légal, et la publication d’un communiqué officiel pour rassurer la population.
Les organisations mettent en garde contre un risque de mécontentement populaire susceptible de dégénérer, si aucune mesure n’est prise pour rétablir la transparence et la confiance entre l’administration et les citoyens.
Selon elles, la situation exige une réaction rapide pour préserver l’État de droit et éviter toute escalade dans un contexte déjà tendu au Nord-Kivu.