Par Gloire Balolage
La décision du gouvernement congolais de suspendre les activités académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et de Bukavu continue de provoquer de nombreuses réactions politiques. L’opposant Delly Sesanga s’inscrit à son tour dans la contestation de cette mesure, estimant que la guerre et l’occupation ne devraient pas conduire à priver les étudiants de leur droit à l’éducation.
Dans une réaction publiée sur son compte X, Delly Sesanga affirme que « la guerre ne doit pas entrer dans les salles de classe » et considère que la fermeture des universités ne constitue pas un moyen de défendre la République. Pour lui, la priorité doit plutôt être de garantir l’avenir de tous les enfants congolais, y compris ceux vivant à Goma et Bukavu, deux villes actuellement sous contrôle de l’AFC/M23.
L’opposant s’appuie également sur les dispositions de la Constitution pour contester la mesure. Il rappelle que l’article 42 impose aux pouvoirs publics de protéger la jeunesse contre toute atteinte à son éducation et à son développement intégral, tandis que l’article 43 consacre le droit de toute personne à l’éducation. Selon son analyse, la fermeture des établissements d’enseignement constitue une atteinte grave à ce droit et ne devrait pas, quelles que soient les circonstances, être utilisée comme réponse à la situation sécuritaire.
Delly Sesanga rappelle par ailleurs que l’éducation a, selon lui, toujours été préservée lors des périodes difficiles de l’histoire du pays. Il cite notamment la poursuite de l’organisation des examens d’État sur l’ensemble du territoire et le maintien des calendriers scolaires. À ses yeux, cette continuité doit également bénéficier aux étudiants de Goma et Bukavu, qui doivent disposer des mêmes possibilités d’éducation et d’avenir que leurs compatriotes de Kinshasa, Kananga ou Lubumbashi.
Dans sa réaction, l’opposant revient aussi sur les conséquences déjà subies par les populations de l’Est en raison de la guerre. Il évoque les morts, les déplacements, la pauvreté, les séparations familiales et la paralysie de l’économie. Il estime que la fermeture des banques et les différentes restrictions qui affectent déjà la vie quotidienne des populations ne devraient pas être accompagnées d’une mesure qui, selon lui, compromettrait davantage l’avenir des jeunes.
Delly Sesanga insiste surtout sur la responsabilité des étudiants dans la situation actuelle. Il rappelle qu’ils ne sont responsables ni de l’occupation de leurs villes, ni des décisions prises par l’AFC/M23, ni des nominations des comités de gestion. Dès lors, il s’interroge sur les raisons pour lesquelles ces étudiants devraient subir les conséquences de décisions et d’événements sur lesquels ils n’ont aucun contrôle.
Tout en reconnaissant que l’autorité de l’État doit être défendue, l’opposant estime que celle-ci ne peut pas être restaurée en privant une partie de la jeunesse congolaise de son droit à l’éducation. Il insiste sur l’appartenance de Goma et Bukavu à la République démocratique du Congo et affirme que les étudiants de ces deux villes doivent être considérés comme faisant pleinement partie de la communauté nationale.
Delly Sesanga adresse enfin trois demandes au gouvernement congolais : rapporter l’arrêté de fermeture, procéder à la réouverture immédiate des établissements concernés et mettre en place des mécanismes permettant d’assurer la continuité des enseignements, des examens et de la validation des diplômes, sans reconnaître ni légitimer l’administration imposée par les forces rebelles. Il demande également aux autorités de ne pas utiliser la population comme cible de sanctions liées à la situation de guerre que traverse le pays.