Par Prehoub Urprus
À quelques jours de la signature annoncée d’un accord de paix et de coopération économique entre la RDC, le Rwanda et les États-Unis, une vaste coalition de la société civile congolaise monte au créneau. Regroupés sous la bannière de la MOSSAC -Mobilisation pour la Sauvegarde de la Souveraineté et de l’Autonomie Congolaise-, 80 organisations et leaders communautaires dénoncent un processus opaque et un texte "dangereusement biaisé", qui, selon eux, menace l’intégrité territoriale et l’avenir institutionnel du pays.
L’accord, dont la signature est prévue le 27 juin 2025, à Washington, par les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda, est présenté comme une étape vers la paix dans les provinces de l’Est, en proie aux violences persistantes. Mais pour la MOSSAC, il s’agirait plutôt d’un "cadre de normalisation de l’occupation" mené au détriment du peuple congolais.
Ce projet, négocié sous la houlette de l’administration Trump, est accusé, par les signataires de l’alerte, d’avoir été préparé en dehors de tout processus démocratique. Il n’aurait jamais été rendu public, ni soumis à l’avis des représentants élus. Pire, affirment-ils, il légitimerait indirectement les accaparements de ressources et d’influence opérés ces dernières années par le Rwanda, le M23-AFC et leurs alliés dans les régions de Goma et Bukavu, aujourd’hui sous contrôle rebelle.
Dans leur communiqué, les membres de MOSSAC, principalement basés dans l’Est du pays, évoquent une dynamique de "capitulation diplomatique" masquée derrière une fausse promesse de stabilité. Ils craignent que cet accord ne consacre l’impunité des auteurs de violences contre les civils, tout en ouvrant la voie à une redéfinition silencieuse de la gouvernance sécuritaire et économique de la RDC, au profit de puissances extérieures.
La coalition appelle avec force à une suspension du processus tant que certaines garanties fondamentales ne sont pas réunies. Elle réclame la transparence totale sur le contenu et les contours de l’accord, ainsi qu’une implication réelle des institutions nationales et provinciales. La paix ne peut, selon eux, se construire sans la participation active des communautés directement concernées, ni sans mécanisme crédible de justice et de réparation.
Au cœur de cette contestation se dessine un enjeu plus profond : celui de la souveraineté congolaise dans un contexte régional fragilisé par les ambitions géopolitiques et les intérêts économiques croisés. Pour MOSSAC, il ne s’agit pas simplement d’un accord diplomatique, mais bien d’un tournant décisif pour l’avenir du pays. "C’est une crise existentielle pour la RDC", conclut la déclaration, adressée à l’opinion nationale et aux partenaires internationaux.