Par Prosper Buhuru
La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans sa lutte contre la maladie à virus Ebola. En Ituri, province actuellement touchée par la souche Bundibugyo de l’épidémie, le déploiement d'une nouvelle technologie de diagnostic rapide permet désormais d'obtenir les résultats des tests en moins d'une heure, contre plusieurs jours auparavant.
Cette avancée repose sur l'introduction de la plateforme RadiOne dans plusieurs laboratoires de proximité, notamment à Mongbwalu et à Bunia. L'objectif est de rapprocher les capacités de diagnostic des communautés affectées afin d'accélérer la détection des cas, la prise en charge des malades et l'interruption des chaînes de transmission.
Bien avant, les échantillons suspects devaient être acheminés vers Kinshasa pour analyse. Ce processus impliquait un parcours de plus de 2 000 kilomètres, avec des contraintes logistiques importantes liées au transport et à la conservation des prélèvements. Les délais d'attente pouvaient ralentir considérablement les décisions médicales et les interventions des équipes de riposte.
Avec la décentralisation du diagnostic, les résultats sont désormais disponibles le jour même. Les autorités sanitaires estiment que cette rapidité améliore sensiblement la qualité de la réponse face à l'épidémie, en permettant d'isoler rapidement les cas confirmés et d'écarter sans délai les personnes non infectées.
Le projet bénéficie du soutien du ministère britannique des Affaires étrangères (FCDO), en partenariat avec l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la Banque mondiale, l'Institut national de santé publique (INSP), l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) ainsi que les autorités sanitaires congolaises.
À Mongbwalu, plusieurs techniciens ont été formés aux protocoles de biosécurité et à l'utilisation de la nouvelle plateforme. Cette formation vise à rendre les laboratoires progressivement autonomes dans la réalisation des analyses moléculaires.
Les premiers résultats sont déjà visibles sur le terrain. Selon les équipes médicales, le délai réduit de diagnostic permet une prise en charge plus précoce des patients et augmente les chances de survie.
« Grâce à cette solution innovante, les résultats sont désormais disponibles en une heure seulement », explique Neema Sindani, technicienne de laboratoire à Bunia.
« Cette rapidité permet aux équipes de santé d'agir plus vite auprès des cas confirmés », ajoute-t-elle.
Les experts de l'OMS considèrent cette innovation comme une réponse particulièrement adaptée au contexte actuel. L'équipement présente plusieurs avantages : il est léger, facilement transportable et peut être utilisé dans des zones éloignées sans nécessiter d'infrastructures complexes.
La technologie arrive également à un moment crucial. Les cartouches GeneXpert adaptées à la souche Bundibugyo n'étant pas encore disponibles en RDC, la plateforme RadiOne constitue l'une des solutions les plus efficaces actuellement accessibles pour le diagnostic rapide sur le terrain.
Grâce à ce renforcement des capacités, le nombre de tests réalisés quotidiennement dans les laboratoires de Bunia et de Mongbwalu est passé d'environ 30 à 80 analyses par jour. Une plateforme RT-PCR standard est venue compléter le dispositif afin d'augmenter davantage les capacités de dépistage.
Le réseau continue par ailleurs de s'étendre. Après Bunia et Mongbwalu, de nouveaux laboratoires sont en cours d'installation à Aru et à Nyankunde en Ituri. Dans la province voisine du Nord-Kivu, Beni dispose déjà de cette technologie tandis que Butembo devrait bientôt en bénéficier.
Pour les spécialistes de la surveillance épidémiologique, cette extension du réseau représente un atout majeur dans la détection précoce des cas et le suivi de la propagation du virus.
Au-delà des performances techniques, les effets sociaux de cette évolution sont également importants. La réduction des délais d'attente limite l'anxiété des familles, réduit la stigmatisation des personnes suspectées d'être infectées et permet aux centres de traitement de concentrer leurs ressources sur les cas réellement confirmés.
Depuis la déclaration de l'épidémie le 15 mai dernier, quarante personnes ont déjà guéri de la maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo. Pour le ministre de la Santé, Roger Kamba, ces résultats démontrent l'importance d'une prise en charge rapide.
Parallèlement aux activités de diagnostic, les équipes sanitaires poursuivent leur travail de sensibilisation dans les communautés. Elles encouragent le respect des mesures de prévention, la déclaration rapide des cas suspects et l'organisation de funérailles sécurisées tout en tenant compte des réalités culturelles locales.
Dans un pays régulièrement confronté aux épidémies, la multiplication de laboratoires capables de réaliser des diagnostics rapides au plus près des populations apparaît aujourd'hui comme un changement majeur de stratégie. L'enjeu n'est plus seulement de répondre aux flambées épidémiques, mais de disposer d'outils permettant de les détecter et de les contenir avant qu'elles ne prennent de l'ampleur.
Pour les autorités sanitaires et leurs partenaires, la consolidation de ces acquis passera toutefois par un soutien durable, des financements suffisants et le maintien de la coopération internationale afin de renforcer durablement les capacités de riposte du pays face aux futures urgences sanitaires.