Par Denise Kyalwahi
À l’approche de la rentrée scolaire prévue le 1er septembre 2026, le Parlement d’enfants du territoire de Beni salue les mesures annoncées par la ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, pour assurer la continuité de l’enseignement dans les zones touchées ou exposées à la maladie à virus Ebola (MVE).
Selon les orientations du Gouvernement, l’enseignement à distance devrait notamment être mis en place dans les zones particulièrement affectées ou à risque, à travers la radio, la télévision et d’autres moyens de communication.
Pour Justin Sivyolo, président du Parlement d’enfants du territoire de Beni, cette initiative constitue une mesure importante pour protéger les élèves tout en leur permettant de poursuivre leur parcours scolaire dans le contexte de l’épidémie.
« Nous saluons vivement cette initiative, qui peut contribuer à limiter la propagation de la maladie à virus Ebola tout en permettant aux enfants de poursuivre leur apprentissage », déclare-t-il.
Des inquiétudes sur l’accès aux moyens de communication
Malgré cet accueil favorable, Justin Sivyolo émet des réserves sur les conditions de mise en œuvre de l’enseignement à distance sur le terrain.
Il s’interroge notamment sur l’accès des familles aux différents outils nécessaires pour suivre les cours. Dans certaines communautés, souligne-t-il, plusieurs ménages ne disposent pas de radio, de télévision, de smartphone ou encore d’une connexion Internet.
« Certaines familles ne disposent même pas d’une radio, encore moins d’une télévision, d’un smartphone ou d’une connexion Internet. Comment ces enfants pourront-ils alors suivre les cours à distance ? », s’interroge le président du Parlement d’enfants du territoire de Beni.
Pour lui, ces disparités risquent de créer une nouvelle forme d’inégalité entre les élèves, notamment entre ceux qui disposent des équipements nécessaires et ceux qui en sont dépourvus.
Justin Sivyolo soulève également la question de l’efficacité de l’apprentissage à travers la radio ou d’autres moyens de communication à distance.
Il estime que certains enfants rencontrent déjà des difficultés à assimiler les enseignements lorsque les cours sont dispensés directement par les enseignants. L’absence d’interaction avec le professeur pourrait donc rendre l’apprentissage encore plus complexe.
« Si certains élèves éprouvent déjà des difficultés à comprendre les explications de leurs enseignants lorsqu’ils sont physiquement présents dans la salle de classe, comment pourront-ils comprendre correctement les mêmes leçons à travers une simple radio ? », fait-il remarquer.
Le président du Parlement d’enfants du territoire de Beni appelle ainsi les autorités à tenir compte des réalités spécifiques des communautés concernées avant la mise en œuvre effective de cette mesure.
Des solutions alternatives proposées
Pour rendre le dispositif plus inclusif, Justin Sivyolo propose notamment la distribution de supports pédagogiques imprimés aux enfants qui n’ont pas accès aux moyens de communication.
Il recommande également la rediffusion des cours à différentes heures afin de permettre aux élèves qui n’ont pas pu suivre une émission au moment prévu de la rattraper.
Un accompagnement particulier devrait aussi être envisagé pour les enfants qui éprouvent des difficultés à comprendre les matières enseignées à distance.
Le responsable du Parlement d’enfants s’interroge par ailleurs sur les horaires de diffusion et les modalités pratiques du programme. Il estime que les autorités doivent préciser comment les différentes classes seront organisées et quelles solutions seront proposées aux élèves qui n’auront pas accès aux cours au moment de leur diffusion.
« La lutte contre Ebola ne doit pas créer une autre difficulté »
Tout en soutenant les mesures destinées à protéger les enfants contre la maladie à virus Ebola, Justin Sivyolo insiste sur la nécessité de préserver leur droit à l’éducation.
« Nous saluons cette décision, car la protection des enfants contre Ebola est une priorité. Mais la lutte contre la maladie ne doit pas créer une autre difficulté dans l’éducation de nos enfants », souligne-t-il.
Le président du Parlement d’enfants du territoire de Beni appelle ainsi le Gouvernement à veiller à ce que l’enseignement à distance soit réellement applicable, inclusif et accessible à tous les élèves, quelles que soient leurs conditions sociales ou leur lieu de résidence.
À quelques jours de la rentrée scolaire, il estime que la réussite de cette mesure dépendra surtout de la capacité des autorités à adapter le dispositif aux réalités des communautés affectées par l’épidémie, afin qu’aucun enfant ne soit privé de son droit à l’éducation au nom de la lutte contre Ebola.