Par Don Benjamin Makolo
L’eurodéputé français Thierry Mariani a quitté avec fracas le débat consacré à la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), tenu au Parlement européen à Strasbourg. Un geste fort pour dénoncer, selon lui, « l’inaction » et « l’hypocrisie » des institutions européennes face aux violences persistantes dans cette région.
Prenant la parole avant de se retirer, l’élu a comparé les discussions répétées sur la RDC à la célèbre chanson de Dalida : « Paroles, paroles et rien n’est fait ». Il a souligné qu’il s’agissait du quatrième débat en un an sur les violences dans l’Est congolais, sans qu’aucune décision concrète n’ait été prise pour soutenir Kinshasa.
« Je ne participerai pas à cette comédie qu’est ce débat. Toutes ces discussions n’ont servi à rien », a-t-il déclaré, accusant l’Union européenne de « jouer un double jeu ».
Selon lui, « dans l’hémicycle, on soutient Kinshasa ; dans les faits, on laisse faire tout ce qu’il veut à Monsieur Kagame ».
Thierry Mariani estime que ces débats sont même « contreproductifs », car ils offriraient, d’après lui, « un répit au Rwanda de Kagame » alors que « les massacres, les pillages, la volonté depuis 30 ans d’éradiquer toute une population, les viols et j’en passe » seraient déjà largement documentés. Il a directement pointé du doigt Kigali, affirmant que « le coupable, tout le monde le connaît : c’est le Rwanda et son dirigeant sanguinaire, Paul Kagame ».
L’eurodéputé a rappelé qu’un texte adopté le 13 février 2025 par le Parlement européen demandait explicitement des sanctions contre les hauts responsables rwandais.
« La Commission n’a rien fait », a-t-il déploré, accusant l’exécutif européen d’avoir préféré sanctionner « quelques chefs de guerre locaux répondant aux ordres de Kigali », qu’il qualifie de « lampistes ».
Pour lui, l’Union Européenne a pourtant démontré sa capacité à imposer des sanctions lourdes lorsqu’elle le souhaite, citant en exemple celles prises contre la Russie. Il plaide pour « l’interdiction de visas pour les dignitaires rwandais, le gel de leurs avoirs et l’annulation des partenariats européens qui nous lient à Kigali ».
Au centre de ses critiques figure également l’accord conclu en 2024 entre l’Union européenne et le Rwanda sur l’approvisionnement en matières premières stratégiques. Thierry Mariani estime que cet accord aurait dû être annulé, affirmant que « ces matériaux rares sont volés par Kagame et le Rwanda à la population congolaise ».
« Ce double jeu doit cesser. Cette hypocrisie devient inadmissible », a-t-il martelé, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’un futur « Rwanda Gate » à Bruxelles, en référence au scandale du « Qatar Gate ».
Pour l’eurodéputé, seule une réponse ferme pourrait dissiper les soupçons : « La seule réponse crédible de la Commission européenne, ce sont des sanctions dures et efficaces contre le Rwanda, contre Kagame, contre sa famille. »
Alors que le débat se poursuivait dans l’hémicycle après son départ, Thierry Mariani a conclu : « Sans actes, les paroles de l’Europe ne sont toujours que des paroles. C’est assez, si on respecte un tout petit peu les Congolais et les massacres qu’ils subissent. »
Cette sortie fracassante relance le débat sur la position de l’Union européenne face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où les populations civiles continuent de payer un lourd tribut aux violences armées.