Par Patrick Kitoko
La République démocratique du Congo poursuit son offensive diplomatique pour faire élire sa candidate au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Après le Vietnam et le Cambodge, la délégation congolaise a achevé, ce mercredi 26 août 2026, sa tournée en Asie du Sud-Est par une étape au Laos.
À Vientiane, le ministre délégué chargé de la Francophonie et de la Diaspora, Crispin Mbadu Phanzu, accompagné de la candidate de la RDC, Juliana Amato Lumumba, a échangé avec le ministre laotien des Affaires étrangères, Anouparb Vongnorkeo. Cette rencontre s’inscrit dans la stratégie de mobilisation des soutiens internationaux déployée par Kinshasa à l’approche du scrutin qui doit désigner le prochain secrétaire général de l’OIF.
L’étape laotienne vient ainsi clôturer une séquence diplomatique en Asie du Sud-Est, région considérée comme importante dans la bataille pour le secrétariat général de l’organisation. Le Vietnam, le Cambodge et le Laos figurent parmi les États membres de plein droit de l’OIF, ce qui donne à leurs positions un poids particulier dans la course.
Depuis l’officialisation de la candidature de Juliana Amato Lumumba en février dernier, la RDC a engagé une vaste campagne diplomatique auprès des États membres de l’OIF. Le président Félix-Antoine Tshisekedi avait lui-même présenté sa candidature aux ambassadeurs francophones accrédités à Kinshasa, assurant que le pays mobiliserait ses moyens diplomatiques et politiques pour accompagner cette ambition.
La candidate congolaise défend notamment une vision articulée autour d’une « Francophonie des peuples, par les peuples et pour les peuples » et de « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve ». Son programme met l’accent sur la modernisation de l’organisation, la diversité culturelle et linguistique, l’accès au savoir numérique, mais aussi la paix et le règlement pacifique des conflits.
La campagne congolaise s’est déjà déployée dans plusieurs capitales. Bruxelles, Andorre et d’autres étapes diplomatiques ont permis à Kinshasa de présenter le profil et le programme de Juliana Amato Lumumba à différents partenaires. À Bruxelles, la candidate avait notamment défendu l’idée d’une « Académie de la Paix » destinée à renforcer le rôle de l’OIF dans la prévention et le règlement des conflits.
La course au secrétariat général de l’OIF revêt cette année un caractère inédit. Pour la première fois depuis la création de l’organisation, les candidats sont soumis à une procédure d’audition formelle et le futur secrétaire général doit être élu par les chefs d’État et de gouvernement. Quatre personnalités sont actuellement en lice : la Congolaise Juliana Amato Lumumba, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, candidate à sa propre succession, la Mauritanienne Coumba Bâ et le Roumain Ovidiu Burdușa.
Le scrutin doit intervenir lors du XXe Sommet de la Francophonie, prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge. Cette échéance donne une importance particulière aux consultations menées actuellement par les différents candidats. Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse donc la seule conquête d’un poste international.
La candidature de Juliana Amato Lumumba intervient dans un contexte de forte rivalité diplomatique entre la RDC et le Rwanda, alors que Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale de l’OIF, sollicite un troisième mandat. Plusieurs observateurs considèrent dès lors cette élection comme un nouveau terrain de confrontation de l’influence des deux pays des Grands Lacs.
En multipliant les déplacements et les rencontres bilatérales, Kinshasa cherche à transformer sa campagne en un véritable réseau de soutiens avant le vote de novembre. L’étape de Vientiane marque, à ce stade, une nouvelle séquence de cette offensive diplomatique.
À moins de trois mois du Sommet de Phnom Penh, chaque capitale visitée, chaque entretien ministériel et chaque soutien obtenu peuvent peser dans une élection qui, contrairement aux précédents scrutins fondés essentiellement sur la recherche du consensus, pourrait cette fois se décider par un vote. Pour la RDC, l’objectif est désormais clair : convaincre suffisamment d’États membres pour permettre à Juliana Amato Lumumba de prendre la tête de l’OIF et faire de Kinshasa le centre de gravité de la Francophonie pour les prochaines années.