Par Denise Kyalwahi
Faustin Biringanine, directeur général du Fonds minier pour les Générations futures (FOMIN), est actuellement détenu au cachot du Conseil national de la Sécurité (CNS) à Kinshasa, dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de détournement de fonds publics et de mauvaise gestion au sein de cet établissement public stratégique.
Le FOMIN, créé pour pérenniser la recherche minière et financer le développement durable des territoires après l’exploitation, est censé mutualiser une partie de la redevance minière afin de préparer « l’après‑mine ». Ce fonds est considéré comme un pilier de la transition économique et sociale du secteur minier en République démocratique du Congo.
C’est précisément au sein de cette institution que souffle aujourd’hui une tempête, alimentée par des accusations venues de l’intérieur.
Accident syndical et dénonciation publique
Les syndicalistes du FOMIN, menés par Patrick Badibanga, ont déclenché l’affaire en dénonçant publiquement une gestion « calamiteuse » et une série de décisions apparemment jugées peu transparentes. Ils reprochent à Faustin Biringanine détournement, surfacturation, abus de pouvoir et orientation des ressources vers des entreprises proches de son entourage.
Les syndicalistes ont demandé un audit indépendant et une intervention rapide du ministre des Mines, voire du président de la République, afin de « sauver le FOMIN » et compter les responsables.
Au départ, les syndicalistes ont évoqué un financement de 18 millions de dollars accordé en 2025 à la société Babil Mining, sans études de faisabilité préalables et dans une zone alors sous occupation armée (Alliance Fleuve Congo / M23). Cette opération a été présentée comme un exemple marquant de décision arbitraire et potentiellement à risque pour le fonds.
Les mêmes sources ont ensuite évoqué un dossier beaucoup plus large, pointant un détournement présumé de plus de 100 millions de dollars, dont une partie aurait été versée à une entreprise dénommée Fast Réseau de Service au Congo, au sein de laquelle plusieurs actionnaires porteraient le nom « Biringanine ». Ces éléments restent, pour l’instant, des accusations publiées pam
Les syndicalistes dénoncent aussi une opération d’acquisition d’un immeuble à la Gombe, avenue Cocotier, évalué à environ 15,07 millions de dollars, alors que ce même bien aurait été proposé à la vente à 9 millions de dollars. Cette différence de prix est citée comme indice de surfacturation et de possible détournement via des montages douteux.
Ces allégations, combinées aux financements massifs à des sociétés proches de la famille du DG, alimentent un climat de méfiance autour de la gouvernance du fonds.
Détention au CNS et enquête en cours
Selon plusieurs sources relayées sur les réseaux sociaux et confirmées par des médias congolais, Faustin Biringanine a été placé en détention au cachot du CNS autour du 9‑10 mars 2026. Son incarcération s’inscrit dans le cadre d’une enquête ouverte sur les soupçons de détournement et de mauvaise gestion au FTOMIN.
À ce stade, il s’agit encore de présomptions et de dénonciations publiques. Aucune condamnation n’est mentionnée, et l’affaire reste sous le contrôle des autorités judiciaires et sécuritaires. Les syndicalistes réclament cependant que la justice soit pleinement saisie et que les résultats des investigations soient rendus publics.
Le FOMIN occupe une place centrale dans le dispositif de gestion des revenus miniers et dans la préparation de l’« après‑mine ». Si les accusations portées contre son directeur général venaient à être confirmées, l’affaire pourrait entacher la crédibilité de tout le système et raviver les critiques sur la transparence du secteur extractif en RDC.
L’opinion publique, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux restent particulièrement attentifs à la manière dont cette affaire sera traitée, dans un contexte où la bonne gouvernance des ressources naturelles est devenue un enjeu national majeur.