Par Serge Mavungu
La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) poursuit ses investigations sur les incidents survenus en marge de la manifestation de la Coalition pour la Défense de l’Ordre constitutionnel (C64), organisée le 15 septembre 2026 à Kinshasa.
Dans un entretien accordé à Opinion-info.cd, le président de la CNDH, Paul Nsapu Mukulu, a indiqué que son institution ne se fie pas aux seules informations diffusées sur les réseaux sociaux. Des observateurs de la Commission ont été déployés sur le terrain afin de documenter les faits et de reconstituer le déroulement des événements.
Déroulement des faits et vérifications de la CNDH
Par son approche fondée sur l’impartialité, la CNDH entend ainsi contribuer à apaiser les différentes parties et à établir les faits sur la base d’éléments vérifiés, plutôt que de s’appuyer sur des informations non vérifiées circulant sur les réseaux sociaux. Paul Nsapu Mukulu assure que la Commission examine les différentes versions des faits avec la même exigence de vérification.
Parmi les zones concernées figurent notamment les 10e, 11e et 12e rues, où des incidents ont été signalés. La CNDH affirme vouloir établir avec précision ce qui s’y est passé, en confrontant les témoignages et les autres éléments recueillis sur le terrain.
Le dossier de Prince Epenge et le décès de son garde du corps
Parmi les dossiers examinés figure également le décès d’un garde du corps de Prince Epenge, une figure de l’opposition, dans le contexte des incidents du 15 septembre. Paul Nsapu Mukulu affirme que la CNDH a pris contact avec l’établissement hospitalier ayant reçu la victime et dispose d’éléments du dossier médical.
« Nous n’allons pas suivre ce qui se dit dans les réseaux sociaux », a-t-il expliqué, précisant que la Commission entend confronter les différentes informations recueillies avant de tirer des conclusions. D’autres éléments sont également en cours de vérification avec les spécialistes concernés.
La CNDH examine par ailleurs la situation des personnes arrêtées à la suite de ces événements. Les enquêteurs consultent notamment les procès-verbaux établis par les officiers de police judiciaire afin de déterminer les cas nécessitant une libération, un maintien en détention ou une transmission au parquet.
Paul Nsapu Mukulu a également évoqué l’usage d’armes blanches et d’autres objets lors des incidents. Concernant l’identité des personnes susceptibles d’avoir perturbé le déroulement de la manifestation, il a indiqué que les investigations doivent encore permettre d’établir les responsabilités. Les accusations visant notamment certains groupes présentés comme ayant cherché à provoquer des troubles restent, à ce stade, à vérifier.
Éducation civique et prévention des incidents
Pour éviter de retomber dans les escalades et les incidents malheureux déjà vécus par le passé, notamment sous le précédent régime, le président de la CNDH insiste sur la nécessité de renforcer l’éducation civique au sein des partis politiques. Selon lui, les formations politiques, qu’elles soient de l’opposition ou de la majorité, doivent davantage sensibiliser et former leurs militants au comportement à adopter lors des manifestations, au respect des autres citoyens et au caractère pacifique de l’exercice des libertés publiques.
Le président de la CNDH a, par ailleurs, insisté sur la nécessité pour les formations politiques de sensibiliser leurs militants au respect des règles encadrant les manifestations publiques. Il a appelé à prévenir les discours et comportements susceptibles de favoriser les violences.
La Commission rappelle également que les manifestations constituent une liberté publique, mais que leur encadrement doit permettre de préserver les personnes et les biens tout en respectant les droits fondamentaux.
Revenant sur les préparatifs de la manifestation du 15 septembre, Paul Nsapu Mukulu a indiqué que la CNDH avait participé, dans la nuit du 14 septembre, aux discussions entre les autorités et les responsables de la C64. Ces échanges avaient notamment porté sur les itinéraires et les points de rassemblement.
Selon lui, les recommandations formulées précédemment par la CNDH ont contribué à améliorer le dialogue entre les autorités et les organisateurs. Il a toutefois reconnu que des incidents ont été enregistrés au cours de la journée, notamment sur le boulevard Lumumba.
Le président de la CNDH a enfin assuré que les investigations se poursuivaient sur le terrain. Un rapport contenant les constats et recommandations de la Commission est attendu dans les prochains jours. La CNDH affirme par ailleurs que ses portes restent ouvertes à toute personne estimant avoir été victime d’une violation de ses droits dans le cadre des événements du 15 septembre.