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Est de la RDC : Jacquemain Shabani annonce des missions à Uvira et Beni pour préparer le retour de l'autorité de l'État dans les zones occupées

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Le VPM en charge de l'Intérieur et Sécurité Jacquemain Shabani Lukoo
Le VPM en charge de l'Intérieur et Sécurité Jacquemain Shabani Lukoo

Par Patrick Kitoko

Le gouvernement congolais veut anticiper l'après-conflit dans l'Est de la République démocratique du Congo. Le vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, annonce une prochaine descente à Uvira, au Sud-Kivu, et à Beni, au Nord-Kivu, pour échanger directement avec les communautés locales autour de la feuille de route consacrée à la restauration de l'autorité de l'État.

« J'irai bientôt échanger avec les communautés locales d'Uvira et Beni autour des recommandations et des objectifs de la feuille de route consacrée à la restauration de l'autorité de l'État », a indiqué le ministre.

Cette annonce intervient alors que la partie orientale du pays demeure confrontée à une situation sécuritaire particulièrement volatile, marquée notamment par l'activisme de l'AFC/M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, mais aussi par les attaques des ADF dans le Nord-Kivu et l'Ituri.

Uvira et Beni au cœur du dispositif gouvernemental

La démarche annoncée par Jacquemain Shabani s'inscrit dans un processus déjà engagé par Kinshasa. Un atelier national consacré à la restauration de l'autorité de l'État avait notamment été organisé afin d'élaborer une feuille de route destinée à encadrer le retour des institutions dans les zones affectées par le conflit. Le gouvernement avait identifié Uvira comme l'un des premiers espaces prioritaires pour cette opération.

L'enjeu dépasse ainsi la seule dimension militaire. Pour Kinshasa, reprendre le contrôle d'un territoire signifie également réinstaller l'administration, la police et les autres services publics, rétablir les services essentiels et recréer les conditions permettant aux populations de vivre sous l'autorité des institutions nationales.

Le gouvernement entend, dans cette perspective, associer les communautés locales. La prochaine mission à Uvira devrait permettre de confronter les orientations élaborées à Kinshasa aux réalités du terrain, tandis qu'une étape à Beni doit également permettre de prendre en compte les spécificités sécuritaires et administratives du Nord-Kivu.

Un Est toujours sous forte pression sécuritaire

Cette préparation intervient toutefois dans un contexte qui reste préoccupant. Dans les territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les affrontements entre les forces gouvernementales et l'AFC/M23 se poursuivent malgré les différents processus de médiation et les engagements de cessez-le-feu. Le Conseil de sécurité de l'ONU relève la persistance des combats dans les deux provinces.

Une analyse publiée le 17 septembre par l'institut congolais Ebuteli fait état d'une hausse de 27 % des affrontements armés en août, avec 118 affrontements recensés contre 93 en juillet. Selon cette analyse fondée sur les données du Kivu Security Tracker, l'AFC/M23 aurait été impliquée dans 56 affrontements en août et aurait pris le contrôle de 22 nouveaux villages, principalement dans les territoires de Masisi et de Kalehe.

Dans le Sud-Kivu, notamment autour des hauts plateaux et de la zone d'Uvira, la situation demeure également mouvante. Des affrontements et mouvements de forces ont été rapportés ces dernières semaines dans plusieurs secteurs, provoquant de nouveaux déplacements de populations.

Le gouvernement congolais affirme pour sa part que les FARDC sont parvenues à contenir les tentatives d'expansion de l'AFC/M23 et des forces rwandaises sur plusieurs lignes de front. Cette appréciation reste toutefois à replacer dans un contexte où les combats et les déplacements de populations continuent d'être signalés.

Beni face à une autre menace : les ADF

La situation sécuritaire de Beni présente, quant à elle, une autre configuration. La menace des ADF demeure importante dans le Nord-Kivu et dans certaines zones de l'Ituri.

Selon Ebuteli, les ADF ont été, au mois d'août, le groupe armé ayant causé le plus de morts parmi les civils dans les données du Kivu Security Tracker, avec 72 morts et 64 personnes enlevées au cours de 14 attaques. Les attaques se sont notamment concentrées dans le territoire de Mambasa, alors que les opérations Shujaa n'avaient pas encore repris.

Cette réalité confère à la future mission de Beni une portée particulière. Restaurer l'autorité de l'État dans cette partie du pays suppose non seulement de sécuriser les populations, mais également de garantir que l'administration et les forces de sécurité puissent fonctionner durablement sans être constamment confrontées aux attaques des groupes armés.

Restaurer l'État, au-delà de la reconquête militaire

La feuille de route défendue par Jacquemain Shabani pose donc une question centrale : comment transformer une reprise du contrôle territorial en restauration effective de l'État ? L'expérience de l'Est montre que la présence militaire, à elle seule, ne suffit pas à garantir une stabilisation durable.

Le retour de l'administration doit aller de pair avec le rétablissement de la police, de la justice, de l'état civil, des services sociaux et des infrastructures publiques.

Le ministère de l'Intérieur a d'ailleurs inscrit cette problématique dans une réforme plus large de la Police nationale congolaise. Selon les informations communiquées par le ministre, la loi de programmation de la police doit accompagner la modernisation de cette institution, tandis que de nouvelles recrues sont actuellement formées dans différentes écoles de police.

Uvira, un test pour Kinshasa

Le choix d'Uvira comme point de départ revêt dès lors une dimension symbolique et opérationnelle. Cette ville du Sud-Kivu se trouve au cœur d'un environnement sécuritaire et géopolitique particulièrement sensible, à proximité de la frontière rwandaise et dans une province où l'autorité de l'État reste fortement mise à l'épreuve.

La mission annoncée par Jacquemain Shabani pourrait ainsi constituer un premier test grandeur nature de la feuille de route gouvernementale : écouter les communautés, identifier leurs besoins prioritaires et déterminer les conditions concrètes permettant aux institutions de reprendre pleinement leurs fonctions.

À Beni comme à Uvira, le défi sera donc de passer de la promesse de restauration de l'autorité de l'État à sa présence effective sur le terrain. Une entreprise que le gouvernement lui-même qualifie de chantier de grande ampleur, alors que l'insécurité continue de peser lourdement sur les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

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Vendredi 18 septembre 2026 - 16:05