Breaking News

Nord-Kivu : Badilika Droits Humains alerte sur une extermination programmée par la famine et les enrôlements forcés à Rutshuru

Catégorie
Image
La cité de Kiwanja dans le territoire de Rutshuru [photo d’illustration]
La cité de Kiwanja dans le territoire de Rutshuru [photo d’illustration]

Par la Rédaction 

L'organisation Badilika Droits Humains dénonce, dans un communiqué parvenu à opinion-info.cd, ce mardi 5 août 2025, une stratégie d’extermination silencieuse orchestrée dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, par les éléments du M23-AFC, soutenus par l’Armée rwandaise. Selon cette ONG, deux formes principales de violences ciblées sont actuellement mises en œuvre : la famine organisée et le recrutement forcé de jeunes civils.

Entre le 18 et le 25 juillet 2025, plus de 800 hectares de terres agricoles ont été délimitées de force, dans les localités de Karama, Chambungu et Kalindi, dans la région de Kiwanja, par des tracteurs venus du Rwanda et escortés par des éléments armés du M23. Ces terrains, appartenant à des civils, ont été confisqués sans consultation ni compensation, plaçant ainsi des centaines de familles en situation de précarité alimentaire extrême.

Les habitants n'ont plus accès à leurs champs qu'après enregistrement obligatoire et paiement forcé allant de 20 à 100 dollars. À la récolte, des redevances supplémentaires sont exigées : 10 dollars par are et 7 dollars par sac de vivres.

Pire, des tirs à balles réelles ont été dirigés contre des cultivateurs présents dans leurs champs, causant au moins huit blessés graves, selon le communiqué.

Badilika accuse le M23 d’utiliser la faim comme arme de guerre, en exposant délibérément la population à une crise humanitaire aiguë. "Les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes sont les plus exposés à une mort à court terme", alerte l’ONG, qui évoque une politique délibérée de nettoyage économique, social et ethnique.

L’organisation signale également une campagne d’enrôlement forcé de jeunes civils, principalement issus de la communauté hutu. Le 31 juillet, plus de 100 jeunes de la localité d’Ishasha ont été enlevés par les éléments du M23, et transférés vers une destination inconnue. Des sources locales les auraient ensuite aperçus à Rutshuru, en route vers Runyoni pour une formation militaire accélérée.

Utilisés comme boucliers humains dans les combats contre les FDLR, ces jeunes sont exposés à une mort certaine, dénonce Badilika, qui qualifie cette pratique de stratégie d’extermination déguisée. Ces opérations, ajoute l’organisation, sont dirigées par le Colonel Amani Claude, en coordination avec le Général Bodouin Ngaruye, deux figures déjà citées dans plusieurs rapports sur les violations des droits humains.

Les faits rapportés à Kiwanja et Rutshuru relèvent, selon Badilika, du champ des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, tels que définis par le Statut de Rome de la CPI -Cour pénale internationale- : meurtres, famine organisée, enrôlements forcés, déplacements de populations, persécutions fondées sur l’ethnie ou l’origine sociale, entre autres.

Badilika appelle :

✓ Le Gouvernement congolais à documenter ces crimes et à poursuivre les auteurs ;

✓ La CPI à ouvrir une enquête urgente, notamment sur les responsabilités du Colonel Amani Claude et du Général Baudouin Ngaruye ;

✓ La MONUSCO, les Nations Unies, l’Union africaine et les ONG internationales à garantir l'accès humanitaire, protéger les civils et libérer les jeunes enrôlés de force.

"Le silence ou l’inaction face à ces crimes équivaudrait à une complicité tacite", conclut l’organisation, qui alerte sur une catastrophe humanitaire imminente dans l’Est de la RDC.

Étiquettes
Mercredi 6 août 2025 - 17:56