Par la Rédaction
Les locaux de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM), fermés depuis janvier 2025, après la prise de contrôle du territoire de Nyiragongo par la coalition AFC/M23, ne servent plus à la diffusion d'émissions. L'ancienne station, située à Munigi au nord de la ville de Goma, serait désormais occupée par les services de renseignement du groupe armé et utilisée, selon plusieurs témoignages, comme lieu de détention temporaire pour des civils.
Selon une enquête de Reporters sans frontières (RSF), les locaux de la RTNM ont été transformés, depuis la fin de l'été 2025, en bureau de la Direction des services de renseignement de l'AFC/M23. L'organisation affirme avoir recueilli les témoignages de quatre personnes, dont deux anciens détenus qui disent avoir passé plusieurs jours dans les anciens studios de la radio. RSF indique également avoir consulté des photographies prises en juillet 2026 montrant toujours le logo de la RTNM sur le portail de la concession.
La transformation des lieux est visible dès l'entrée. Alors que le logo de la radio demeure présent sur le portail, le matériel d'enregistrement a été remplacé par des drapeaux congolais et des insignes de la coalition militaire AFC/M23. Les personnes affectées à ce bureau seraient chargées de recueillir des informations liées à la sécurité du territoire. Mais, d'après les témoignages rapportés par RSF, certaines pièces autrefois utilisées par la radio auraient également été aménagées en espaces de détention.
Un témoin cité par RSF affirme avoir été interpellé en septembre 2025 par des individus à moto avant d'être conduit dans les locaux de la RTNM. Il raconte y avoir été frappé à plusieurs reprises après avoir été soupçonné d'être un délinquant. Selon son témoignage, il y est resté détenu pendant deux jours dans une pièce transformée en cachot, avant d'être transféré vers le bureau provincial de l'Agence nationale de renseignement (ANR), connu sous le nom de « Chien Méchant ».
Un autre témoin explique avoir connu une situation similaire au printemps 2026. Interpellé puis interrogé sur ses supposés liens avec les Wazalendo, il affirme avoir été violenté avant de passer près d'une semaine dans une pièce avec trois autres personnes. Il dit également n'avoir reçu qu'un seul repas par jour durant sa détention, composé de riz et de haricots, avant son transfert.
RSF rapporte par ailleurs que la RTNM avait déjà été confrontée à des pressions après la prise de contrôle de la zone par l'AFC/M23. La radio privée, inaugurée en 2021, avait cessé ses activités en janvier 2025 et ses équipements avaient été vidés. Un ancien journaliste, cité sous couvert d'anonymat, affirme que les membres du groupe armé voulaient voir la radio continuer à fonctionner et qu'ils avaient exercé des pressions à travers de nombreux appels.
RSF indique également que la directrice de la station aurait été interpellée et frappée en août 2025, avant que l'administrateur du territoire nommé par l'AFC/M23, Éphrem Kabasha, ne lui demande de remettre les clés des locaux.
Cette situation intervient dans un contexte de contrôle accru de l'espace médiatique dans les territoires contrôlés par l'AFC/M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. RSF cite notamment l'interdiction des « émissions politiques » à Bukavu, annoncée le 19 août par le gouverneur du Sud-Kivu, ainsi que plusieurs directives adressées aux médias de la ville en février 2025, parmi lesquelles l'interdiction de diffuser les propos des autorités congolaises ou de relayer des informations négatives sur le M23.
Pour RSF, cette utilisation des locaux d'une radio constitue une nouvelle illustration des pressions exercées sur les médias et les journalistes dans les zones contrôlées par l'AFC/M23. Camille Montagu, journaliste au bureau Afrique subsaharienne de l'organisation, estime que la coalition a franchi « une nouvelle ligne rouge » en transformant les locaux d'une radio en bureau de renseignement.
Sollicités par RSF, Lawrence Kanyuka et Oscar Balinda, porte-parole et porte-parole adjoint de l'AFC/M23, n'ont pas répondu. Le responsable du bureau de renseignement contacté par l'organisation n'a pas non plus donné suite, tandis que son adjoint, se présentant sous le nom de Patient, a nié les pratiques violentes depuis son arrivée et affirmé ne pas pouvoir confirmer que la RTNM était installée dans cette maison.