Par la Rédaction
Le coltan de conflit issu de zones de guerre en République démocratique du Congo continue de s’infiltrer dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et d’alimenter la fabrication de produits de consommation courante, malgré l’existence de dispositifs de diligence raisonnable censés empêcher ce phénomène.
Dans un rapport, l’ONG Global Witness révèle que du coltan de contrebande en provenance de la RDC, un pays marqué par les conflits, parvient à intégrer les marchés mondiaux et les produits électroniques largement utilisés.
Au cœur de cette affaire, plus de 2 000 tonnes de coltan de contrebande auraient disparu des circuits contrôlés. Ces minerais pillés proviennent notamment des mines de Rubaya, en République démocratique du Congo, qui assurent environ 15 % de la production mondiale de tantale, un élément essentiel utilisé dans les smartphones, les ordinateurs portables et les véhicules.
Selon cette ONG, ces mines de Rubaya sont devenues une source de financement importante pour la guerre menée par le M23, qui s’est emparé de plusieurs territoires, causant des milliers de morts, des déplacements massifs de populations ainsi que des cas d’enlèvements et de torture.
Une fois le coltan introduit frauduleusement au Rwanda, les informations concernant ses acheteurs et sa destination finale deviennent largement opaques, rendant difficile toute traçabilité précise des flux commerciaux.
L’enquête menée par Global Witness, étalée sur un an, a permis de suivre le parcours du coltan de conflit depuis les mines jusqu’aux chaînes d’approvisionnement internationales, en passant par les zones frontalières. Elle met en évidence la complicité de certains acteurs rwandais dans un contexte où la contrebande aurait atteint des niveaux sans précédent.
Les exportations de coltan en provenance du Rwanda ont plus que doublé en trois ans. L’étude identifie également sept entreprises responsables de 85 % de ces exportations, dont plusieurs auraient acheté du coltan de conflit avant de le revendre à des fonderies situées en Chine ou au Kazakhstan via des intermédiaires. Dans ces installations, le minerai est transformé en tantale, utilisé ensuite pour fabriquer des condensateurs essentiels à l’électronique, avec un risque de présence dans des produits de grandes marques internationales telles que Microsoft, Vodafone, Sony, Amazon, Nvidia, LG Display, Ericsson, Toyota ou encore Apple.
Enfin, l’enquête souligne les limites des mécanismes de contrôle existants. Les systèmes de traçabilité comme ITSCI ou Better Mining, ainsi que les audits de l’Initiative pour des minéraux responsables (RMI), n’ont pas permis de stopper l’entrée du coltan de conflit dans les chaînes d’approvisionnement, révélant ainsi les failles persistantes des dispositifs censés rompre le lien entre ressources naturelles et financement des conflits.