Par Gloire Balolage
Le géant américain Meta, maison mère de Facebook et Instagram, se retrouve une nouvelle fois devant la justice aux États-Unis. Ce mercredi 12 août, le groupe fait face à un procès fédéral inédit dans lequel plusieurs procureurs généraux l’accusent d’avoir conçu ses plateformes de manière à favoriser une utilisation excessive, particulièrement chez les jeunes.
L’affaire prend une dimension particulière puisqu’il s’agit du deuxième procès visant Meta en moins d’un mois et du premier à se tenir devant un tribunal fédéral. La procédure débute avec la sélection du jury, même si celui-ci n’aura qu’un rôle consultatif. C’est la juge Yvonne Gonzalez Rogers qui devra déterminer les éventuelles pénalités ainsi que les mesures destinées à modifier le fonctionnement des plateformes. Les débats doivent commencer le 18 août et s’étendre sur environ six semaines, avec notamment un témoignage très attendu de Mark Zuckerberg.
La question dépasse toutefois largement les frontières américaines. Facebook et Instagram occupent une place importante dans les habitudes numériques de nombreux jeunes à travers le monde, y compris en Afrique. En République démocratique du Congo, par exemple, les réseaux sociaux sont devenus des espaces majeurs d’information, de divertissement, de communication et d’expression. Pour beaucoup de jeunes Congolais, consulter Facebook, Instagram ou d’autres plateformes fait désormais partie des habitudes quotidiennes, parfois dès les premières heures de la journée jusqu’au moment de dormir.
Dans le contexte congolais, cette utilisation a aussi ses aspects positifs. Les réseaux sociaux permettent aux jeunes de suivre l’actualité, de promouvoir leurs activités, de développer des projets, de communiquer avec des proches ou encore de faire connaître leurs talents. Facebook constitue également un espace particulièrement important pour la circulation de l’information en RDC. Mais l’utilisation intensive de ces plateformes pose une autre question : à partir de quel moment la recherche permanente de notifications, de « likes », de commentaires ou de nouvelles publications transforme-t-elle un simple usage en comportement difficile à contrôler ?
À l’origine de cette procédure se trouvent plusieurs années d’enquêtes et surtout les révélations de Frances Haugen, ancienne employée de Meta. Celle-ci avait rendu publics des milliers de documents internes connus sous le nom de « Facebook Files ». Ces documents avaient notamment alimenté les accusations selon lesquelles l’entreprise aurait été informée des risques liés à l’utilisation de ses réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents, alors qu’elle contestait publiquement une partie de ces préoccupations.
D'après RFI, les procureurs généraux de Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey reprochent ainsi à Meta d’avoir enfreint certaines lois de protection des consommateurs ainsi qu’une législation fédérale américaine relative aux données des enfants, connue sous le nom de COPPA. Au centre des accusations figurent plusieurs fonctionnalités des plateformes, notamment le défilement infini, les notifications nocturnes et le système de « likes ». Pour les plaignants, ces mécanismes auraient été pensés pour maintenir les jeunes utilisateurs le plus longtemps possible sur les applications.
Le procès porte donc moins sur les contenus publiés par les utilisateurs que sur la manière dont les applications ont été conçues. Cette nuance est importante dans le débat actuel sur les réseaux sociaux. Meta devrait notamment soutenir qu’il est impossible d’attribuer à une seule application les problèmes de santé mentale rencontrés par les jeunes et que l’« usage problématique » des réseaux sociaux ne constitue pas, en lui-même, une addiction médicalement reconnue.
C’est justement sur ce terrain que le procès contre Meta mérite d’être suivi en Afrique. Le débat ne signifie pas que tous les jeunes utilisateurs de Facebook ou d’Instagram sont dépendants de ces plateformes. Il invite plutôt à s’interroger sur les mécanismes numériques qui peuvent encourager une consultation répétée des applications.
Dans les milieux urbains congolais notamment, il n’est pas rare de voir les réseaux sociaux accompagner une grande partie de la journée des jeunes : conversations, vidéos, publications, commentaires, actualités et notifications s’enchaînent rapidement. Cette réalité doit cependant être analysée sans généralisation ni accusation systématique contre les utilisateurs.
Meta n’en est d’ailleurs pas à sa première condamnation en 2026. La semaine dernière, un tribunal du Nouveau-Mexique a ordonné au groupe de payer 567 millions de dollars et de modifier le fonctionnement de ses plateformes pour les utilisateurs mineurs de cet État, après l’avoir jugé responsable d’avoir porté atteinte à la santé mentale des jeunes. En mars, un jury de Los Angeles avait également, pour la première fois, reconnu Meta et YouTube responsables des effets de l’addiction à leurs plateformes sur une adolescente.
L’enjeu du procès ouvert ce 12 août est donc considérable. Les procureurs réclament jusqu’à 1 400 milliards de dollars, tandis que Meta doit également faire face à des milliers d’autres procédures similaires. Le verdict de cette affaire est attendu au début du mois d’octobre 2026. En théorie, les sanctions réclamées pourraient atteindre 1 400 milliards de dollars, un montant proche de la capitalisation boursière de Meta.
Au-delà du montant financier, cette procédure pourrait surtout alimenter une réflexion mondiale sur la responsabilité des grandes plateformes numériques, la protection des mineurs et la manière dont les réseaux sociaux sont conçus. Pour la RDC comme pour le reste de l’Afrique, où une nouvelle génération grandit avec ces outils, la question est désormais de savoir comment profiter des opportunités offertes par le numérique tout en développant une utilisation plus consciente et maîtrisée des réseaux sociaux.