Par Prosper Buhuru
L’éventualité ou l’analyse d’une première émission d’Eurobond pour la République démocratique du Congo ne devrait pas être appréhendée uniquement sous l’angle du coût de l’endettement. Une telle opération poursuit, en particulier lors d’une première entrée sur les marchés financiers internationaux, des objectifs plus larges liés à la crédibilité du pays, au financement de l’économie et à la structuration de sa dette.
C’est l’argument défendu dans une analyse consacrée à la question, qui insiste sur la différence entre une émission inaugurale d’Eurobond et un simple prêt bancaire syndiqué. Selon cette lecture, la première émission constitue avant tout un instrument stratégique permettant à un État de se positionner durablement sur les marchés internationaux des capitaux.
Sur le plan stratégique, l’un des principaux enjeux réside dans la construction de la crédibilité financière du pays auprès des investisseurs internationaux. Une émission réussie peut contribuer à élargir la base des investisseurs susceptibles de s’intéresser aux actifs souverains du pays et à renforcer progressivement son accès aux marchés internationaux.
L’opération présente également des enjeux économiques. Elle peut notamment contribuer à établir une courbe des taux reflétant le risque souverain à moyen et long terme. Cette référence est susceptible de jouer un rôle dans l’évaluation du coût du financement futur de l’État, mais également dans celui des entreprises et autres acteurs économiques qui souhaitent accéder aux marchés de capitaux.
Le financement d’infrastructures structurantes constitue un autre objectif avancé. Les ressources mobilisées peuvent être orientées vers des projets susceptibles de produire des effets économiques au-delà de leur seul secteur d’intervention, notamment en matière d’emploi, de mobilité, d’échanges commerciaux et d’activité économique.
L’analyse distingue ainsi trois catégories d’objectifs : stratégiques, économiques et financiers. Cette dernière dimension concerne notamment la capacité à mobiliser des ressources dans des conditions compatibles avec la notation souveraine du pays et avec sa stratégie globale d’endettement.
Réduire l’analyse d’un Eurobond à son taux d’intérêt ou à son coût immédiat reviendrait donc, selon cette approche, à ne considérer qu’une partie de l’opération. Les conditions financières demeurent évidemment déterminantes pour la soutenabilité de la dette, mais elles doivent être appréciées au regard des objectifs plus larges poursuivis par une première émission.
L’auteur de cette analyse estime ainsi qu’aborder une émission inaugurale exclusivement sous l’angle financier revient à adopter une lecture « court-termiste », susceptible de faire perdre de vue les enjeux de positionnement du pays sur les marchés internationaux.
La comparaison utilisée pour illustrer cette différence oppose le regard d’un comptable à celui d’un économiste, ou encore celui d’un maçon à celui d’un ingénieur civil appelé à évaluer la résistance des matériaux d’un immeuble de grande hauteur. L’idée défendue est que deux approches peuvent porter sur un même objet tout en répondant à des problématiques différentes.
Dans le cas d’un Eurobond, la question ne serait donc pas seulement de savoir combien l’opération coûtera à l’État, mais également ce qu’elle permettra de construire en matière de crédibilité financière, d’accès aux capitaux, de référence de marché et de financement de l’économie.
Cette approche n’écarte toutefois pas la nécessité d’examiner la soutenabilité de la dette. Le coût, la maturité, le taux, l’utilisation des fonds et la capacité de remboursement restent des paramètres essentiels de toute émission souveraine. L’enjeu consiste plutôt à les intégrer dans une analyse plus globale de la stratégie financière et économique de l’État.