Par Denise Kyalwahi
Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme (BCNUDH) a publié ce jeudi 12 mars 2026 un rapport alarmant sur la situation des droits humains en République démocratique du Congo (RDC). Selon ce document, près de 75 % des violations des droits de l'homme recensées sont attribuées aux groupes armés, en particulier à l'Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23).
Dans le cadre de son mandat de suivi et d'analyse de la situation des droits humains, le BCNUDH indique que les tendances observées sont régulièrement communiquées aux autorités congolaises afin de favoriser la prise de mesures appropriées, notamment la poursuite judiciaire des auteurs présumés des violations documentées.
Une hausse des violations dans l'Est de la RDC
Le rapport souligne qu'au cours du mois de décembre 2025, la situation des droits humains s'est fortement détériorée, notamment dans les provinces de Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri. Cette dégradation intervient malgré l'existence d'un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, ainsi que la signature à Doha d'un accord entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23. Sur le terrain, les combats se sont toutefois poursuivis sans interruption.
Durant ce mois, le BCNUDH a documenté 607 violations et atteintes aux droits humains, soit une augmentation de 12 % par rapport au mois de novembre qui en comptabilisait 542. Au moins 92 % de ces violations ont été enregistrées dans les provinces affectées par le conflit armé : 383 cas au Nord-Kivu, 121 au Sud-Kivu et 33 en Ituri.
Les groupes armés principaux responsables
La majorité des violations, soit 75 %, sont attribuées aux groupes armés. L'AFC/M23 arrive en tête avec 204 violations documentées. D'autres groupes sont également impliqués, notamment les Wazalendo (59 violations), les Allied Democratic Forces (ADF) avec 44 cas, différents groupes Maï-Maï (40) ainsi que les Nyatura (28). Les agents de l'État sont quant à eux responsables de 25 % des violations recensées. Parmi eux figurent principalement des éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) impliqués dans 80 cas, suivis par des agents de la Police nationale congolaise (PNC) avec 42 violations.
Forte augmentation des violences sexuelles liées au conflit
Le rapport fait également état d'une hausse préoccupante des violences sexuelles liées aux conflits. En décembre 2025, le BCNUDH a documenté 67 cas, faisant 147 victimes, dont 102 femmes et 45 filles. Cela représente une augmentation de 62 % par rapport au mois précédent. Plus de la moitié de ces violences ont été enregistrées dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri. Les groupes armés sont responsables de 78 % des victimes recensées. Parmi les acteurs étatiques, les FARDC sont les plus impliqués, avec 31 victimes (20 femmes et 11 filles).
Atteintes à l'espace civique et menaces contre les journalistes
Concernant l'espace civique, 28 violations ont été documentées en décembre 2025, faisant 62 victimes, dont quatre femmes. Ces atteintes ont été enregistrées notamment au Sud-Kivu, à Kinshasa, dans les provinces du Lualaba, du Kongo-Central, du Haut-Katanga et du Nord-Kivu. La majorité de ces violations ont été commises par des agents de l'État, notamment des membres de la PNC, mais également par des groupes armés dont l'AFC/M23 et les Wazalendo.
Condamnations judiciaires mais des défis persistants
Sur le plan judiciaire, huit procédures ont été engagées contre quatre militaires des FARDC et quatre civils pour des violations des droits humains. Ces procédures ont abouti à sept condamnations, dont six à la peine de mort (trois militaires et trois civils), tandis qu'un civil a été acquitté. Le BCNUDH a également soutenu une audience foraine et une mission d’enquête conjointe avec d’autres partenaires du secteur judiciaire. Au total, 112 victimes, dont 63 femmes et deux filles, ont bénéficié d’un appui pour leur protection judiciaire.
Sensibilisation et renforcement des capacités
Enfin, le BCNUDH indique avoir organisé 10 sessions de formation et de sensibilisation à travers le pays au mois de décembre 2025. Ces activités ont réuni 794 participants, dont 148 femmes, parmi lesquels des membres d'organisations de la société civile, des défenseurs des droits humains, des magistrats ainsi que des membres des forces de défense et de sécurité.
Face à la persistance des violences dans l'Est du pays, l'organisation appelle à renforcer la lutte contre l'impunité et à intensifier les efforts de protection des civils, particulièrement dans les zones affectées par les conflits armés.