Par Patrick Kitoko
Près de neuf ans après l’assassinat des experts des Nations unies Zaida Catalán et Michael Sharp dans la région du Kasaï, la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a condamné à mort le colonel Jean de Dieu Mambweni pour crime de guerre, dans le cadre du procès en appel relatif à cette affaire qui a marqué l’opinion nationale et internationale.
La juridiction militaire a estimé que l’officier supérieur avait joué un rôle dans le complot ayant conduit à l’exécution des deux experts onusiens en mars 2017. Ceux-ci enquêtaient alors sur les violences et les massacres de civils perpétrés dans les provinces du Kasaï, secouées à l’époque par l’insurrection de la milice Kamuina Nsapu et les opérations de répression menées par les forces de sécurité.
Cette décision alourdit considérablement la peine prononcée en première instance.
En 2022, le colonel Mambweni avait été condamné à dix ans de prison pour non-assistance à personne en danger et violation des consignes. Le ministère public militaire avait toutefois interjeté appel, estimant que sa responsabilité dans les événements était plus importante que celle retenue lors du premier jugement.
La condamnation est perçue comme une avancée significative dans la quête de justice pour les familles des victimes. Toutefois, elle ne met pas fin aux interrogations qui entourent encore les circonstances exactes du double assassinat.
Depuis plusieurs années, les proches de Zaida Catalán et Michael Sharp, ainsi que diverses organisations de défense des droits humains, réclament l’établissement complet des responsabilités. Selon eux, le procès a permis de mettre en lumière certains éléments du complot, mais plusieurs questions demeurent sans réponse quant à l’identité des éventuels commanditaires et aux motivations profondes de ce crime.
Certains défenseurs des droits humains estiment notamment que les experts de l’ONU auraient pu être ciblés en raison des informations sensibles qu’ils recueillaient sur les violences commises au Kasaï. Parmi les voix qui continuent d’appeler à des investigations approfondies figure celle de Paul Nsapu Mukulu, président de la CNDH – Commission nationale des droits de l’homme –, qui a plaidé à plusieurs reprises pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
À ce stade, aucune décision judiciaire n’a toutefois établi l’existence d’un « crime d’État » ni démontré une implication institutionnelle de l’État congolais dans l’assassinat des deux experts. Les débats sur les responsabilités ultimes et les éventuelles ramifications de l’affaire continuent donc d’alimenter les discussions au sein de la société civile et des organisations internationales.
L’assassinat de Zaida Catalán, ressortissante suédoise, et de Michael Sharp, citoyen américain, demeure l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire récente de la justice congolaise et des relations entre la RDC et les Nations unies.