Par Serge Mavungu
La question de la désinformation et de la vérification des informations liées au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) continue d’alimenter les débats. Dans un contexte sécuritaire marqué par de fortes tensions entre les forces en présence, les déclarations des responsables publics sont particulièrement scrutées, tant elles peuvent influencer l’opinion publique. C’est dans ce climat que le vice-gouverneur du Sud-Kivu a été amené à revenir sur des propos qui avaient suscité une vive polémique.
Le vendredi 24 juillet 2026, à l’occasion de la 22ᵉ réunion du Conseil des ministres de la province du Sud-Kivu, Jean-Jacques Elakano, vice-gouverneur et gouverneur intérimaire, est revenu sur les déclarations qu’il avait tenues lors d’une interview accordée à nos confrères de Radio Top Congo FM. Dans cette intervention, il avait affirmé qu’il y aurait des mercenaires français engagés aux côtés des rebelles de l’AFC-M23, soutenus par le Rwanda, des propos qui avaient rapidement provoqué un tollé sur les réseaux sociaux.
Face aux nombreuses réactions suscitées par cette déclaration, Jean-Jacques Elakano a apporté des précisions. Il a expliqué que, selon ses sources, les mercenaires recrutés par le Rwanda pour le montage de drones à Kaziba et à Kavumu, deux zones sous contrôle de l’AFC-M23, n’étaient pas des ressortissants français. Il a précisé qu’il s’agissait plutôt de personnes s’exprimant en français, reconnaissant que sa formulation avait entretenu une confusion dans l’opinion publique.
Cette mise au point intervient alors que les accusations de présence de militaires ou de mercenaires étrangers dans le conflit à l’Est de la RDC font régulièrement l’objet de débats et de vérifications. Les déclarations du vice-gouverneur avaient notamment ravivé une ancienne rumeur largement relayée sur les réseaux sociaux, associant la France aux opérations militaires menées dans les zones contrôlées par l’AFC-M23.
Pour rappel, depuis le 28 mai 2026, une photo largement relayée sur WhatsApp prétendait montrer des militaires français déployés aux côtés des rebelles de l’AFC-M23 et des soldats rwandais afin de sécuriser la mine de Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Cette publication, diffusée notamment sur la chaîne WhatsApp Les Visionnaires RDC, qui compte 1 339 abonnés, avait enregistré environ 11 000 partages avant d’être massivement relayée sur les réseaux sociaux.
Cette diffusion intervenait dans un contexte de recrudescence des affrontements entre l’AFC-M23 et la coalition des Wazalendo, alliée aux FARDC, notamment autour de Rubaya, où les combats s’étaient intensifiés en mai 2026.
Présentée comme une mission humanitaire visant à protéger les civils et à créer des zones de sécurité, cette image est toutefois sans rapport avec les événements actuels dans l’Est de la RDC.
À la suite de cette rumeur, l’ambassade de France en République démocratique du Congo avait officiellement rejeté ces allégations. Elle avait affirmé que les informations faisant état d’un soutien militaire français au Rwanda ou à l’AFC-M23 étaient « évidemment fausses », précisant que la France n’arme ni le Rwanda ni le M23 et qu’elle n’intervient pas militairement en RDC. De son côté, un journaliste basé à Rubaya avait également indiqué qu’aucune confirmation de la présence de troupes françaises dans cette localité n’avait été établie.
Les vérifications menées à cette période avaient établi que ces affirmations étaient infondées. Les recherches avaient démontré que la photographie en question n’avait aucun lien avec la République démocratique du Congo. L’image provenait en réalité du Rwanda et avait été prise lors de l’opération Turquoise, une intervention militaire française conduite entre juin et août 1994 avec l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, dans le contexte du génocide contre les Tutsi.