Par Bijou NDJODJI BATEKO
"Il ne suffit pas de contester : il faut proposer, convaincre, rassembler", c'est en substance la thérapeutique d'Adolphe Muzito, coulée sous forme d'une recommandation faite à l'opposition politique rd-congolaise, au terme d'un diagnostic sans complaisance de la Déclaration de l'Opposition faite le 11 juillet dernier. Dépassionné, le diagnostic d'Adolphe Muzito, à travers sa 33ème tribune de la série, met à nu le manque de cohérence idéologique et de proposition d'une opposition fragmentée et erratique. "À droite le matin, à gauche à midi, au centre le soir - et finalement nulle part. Ce manque de cohérence idéologique empêche la construction d'un projet alternatif solide, lisible et crédible aux yeux de l'opinion, et fragilise toute ambition de changement durable", constate, non sans regret, le Premier ministre honoraire et président national de Nouvel Élan, l'une de grandes formations politiques de l'opposition. Face à deux voies d'action politique, l'une conflictuelle et l'autre républicaine, Adolphe Muzito prône la seconde. Car, "elle vise non à détruire, mais à proposer, convaincre et, éventuellement, alterner le pouvoir par la voie des urnes." En définitive, Adolphe Muzito invite toute la classe politique à un sursaut collectif, pour travailler ensemble, au-delà des intérêts partisans, à la rationalisation du système démocratique, dans l'unique intérêt de la République. "Il est temps pour nous aussi d'évaluer nos faiblesses, de reconnaître nos échecs récents et de nous réinventer comme une véritable force de proposition, plutôt que de tomber dans le piège du simple rejet ou de la contestation systématique de l'ordre institutionnel établi. Cet appel s'adresse également à la majorité au pouvoir, qui porte la responsabilité historique de créer un cadre inclusif capable de fédérer toutes les énergies constructives", suggère Adolphe Muzito.
Dans une tribune, la 33ème de la série, datée de ce jeudi 17 juillet 2025, le Premier ministre honoraire et président national du parti politique Nouvel Élan, Adolphe Muzito, pose un diagnostic sans complaisance de la Déclaration de l'Opposition faite le 11 juillet 2025, en rapport avec la signature, le 27 juin dernier, à Washington, de l'accord de paix entre la RDC -République démocratique du Congo- et le Rwanda.
Adolphe Muzito affirme avoir perçu "une désorientation politique derrière les prises de position et les appels à l'action" de ce groupe d'opposants qualifiés de "radicaux".
D'où, tout le sens de sa problématique :"quelle est la finalité de l'action publique de l'Opposition en République démocratique du Congo aujourd'hui ? Et surtout, quelles sont les méthodes ?", s'interroge Adolphe Muzito, qui, en opposant républicain, estime proposer une réflexion critique, mais constructive autour de ces deux axes, non sans présenter sa vision, après avoir passé au scalpel cette Déclaration.
Entre posture et projet
Alors que, dans un État démocratique, l'opposition doit être "une institution politique essentielle, gardienne de l'alternance et force de proposition", Adolphe Muzito regrette de constater le contraire en RDC. Où "l'opposition, fragmentée et erratique, peine à se constituer en bloc solide."
En clair, l'opposition politique rd-congolaise, écartelée entre méthodes extrêmes et actions désordonnées, peine à articuler une stratégie républicaine basée sur un projet clair, un programme commun et un dialogue politique responsable.
"À ce propos justement, l'un des maux profonds qui gangrènent l'opposition congolaise réside dans l'absence d'idéologie claire, de principes fermes et de vecteurs politiques structurants", déplore Adolphe Muzito, qui indique que "cette carence alimente un vagabondage politique, où l'on observe des acteurs évoluer sans boussole, naviguant entre les courants au gré des intérêts personnels."
Toutefois, Adolphe Muzito relève que même la Majorité au pouvoir est dépourvue de la "cohérence idéologique". Ce qui justifie sa "composition hétéroclite", qui répond "à des logiques d'alliance circonstancielle qu'à une véritable cohérence programmatique."
Moyens d'actions de l'opposition démocratique et objectifs
À en croire le Premier ministre honoraire, "une opposition digne de ce nom doit articuler son action autour d'un projet politique clair", impliquant l'élaboration d'un programme commun; la diffusion de ce programme; la mobilisation populaire; et le recours stratégique au dialogue.
Loin d'être des fins en soi, les différentes formes d'expression de l'opposition visent, dans une démocratie mature, à mettre en œuvre des réformes qui concernent, notamment, le champ politique, le champ économique et le champ social.
Quid de l'opposition aujourd'hui en RDC ?
Le constat, tel qu'évoqué un peu plus haut, est on ne peut plus alarmant pour l'opposition politique rd-congolaise, qui, selon le président national de Nouvel Élan, est prisonnière d'un syncrétisme contre-productif, où se mêlent, sans hiérarchie claire, toutes les formes d'expression, à savoir les rébellions, les marches pacifiques, les élections et le dialogue.
"Ce mélange incohérent de méthodes nuit à la crédibilité de l'opposition, désoriente l'opinion publique, et donne au pouvoir en place le loisir de gouverner sans véritable contrepoids", regrette Adolphe Muzito.
Appel au sursaut politique
Pour le Premier ministre honoraire, même si la démocratie congolaise est en panne de projet alternatif structuré, à cause d'une opposition fragmentée, erratique et dépourvue d'idéologie politique claire, il appartient donc au pouvoir en place, dans un élan patriotique et démocratique, d'initier des réformes, plutôt que de verser, lui aussi, dans l'incohérence programmatique.
"Celui-ci [pouvoir en place] gagnerait à organiser un dialogue national, non pas de façade, mais véritablement inclusif, pour faire émerger une nouvelle architecture politique, économique et sociale", suggère le président national de Nouvel Élan. Car, c'est la majorité au pouvoir qui porte la responsabilité historique de créer un cadre inclusif capable de fédérer toutes les énergies constructives.
Loin de se soustraire lui-même ni son parti politique Nouvel Élan du lot, Adolphe Muzito invite l'opposition, dans toute sa pluralité, à tirer les leçons de ses erreurs et échecs. "Si elle [opposition] veut retrouver sa place dans le jeu démocratique, elle doit se doter d'un socle idéologique clair, d'un projet cohérent d'une stratégie d'action lucide. Il ne suffit pas de contester : il faut proposer, convaincre, rassembler", propose Adolphe Muzito.
À l'opposition comme à la majorité au pouvoir, le Premier ministre honoraire lance un appel patriotique à toute la classe politique rd-congolaise, pour un sursaut collectif, au-delà des intérêts partisans, pour travailler ensemble à la rationalisation du système démocratique, dans l'unique intérêt de la République.
"C'est à ce prix que nous pourrons préserver la paix, renforcer la cohésion nationale et garantir une gouvernance respectueuse des valeurs démocratiques", a conclu Adolphe Muzito.