Par Prosper Buhuru
La République démocratique du Congo s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la structuration de son système financier. Après l’adoption du projet de loi relatif aux marchés financiers par l’Assemblée nationale puis par le Sénat, le pays se rapproche de la mise en place effective d’un marché boursier national.
Adopté par la Chambre haute le 27 juillet 2026, lors de la clôture de la session extraordinaire, le texte doit encore être promulgué par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Il fournit le cadre juridique nécessaire à l’organisation de la Kinshasa Stock Exchange.
Portée par le Gouvernement sous l’impulsion du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, cette réforme vise principalement à réduire la forte dépendance des entreprises congolaises au financement bancaire et à créer de nouveaux mécanismes de mobilisation des capitaux.
Le premier changement attendu concerne précisément l’accès des entreprises au financement. Avec le développement du marché financier, les sociétés pourront, sous réserve de remplir les conditions d’accès au marché, mobiliser des ressources directement auprès des investisseurs à travers notamment l’émission d’actions ou d’obligations. Une telle évolution pourrait leur permettre de financer des investissements de plus long terme sans reposer uniquement sur le crédit bancaire.
La réforme ambitionne également de mieux orienter l’épargne nationale vers l’économie productive. La création d’un marché organisé doit offrir aux particuliers et aux investisseurs institutionnels de nouvelles possibilités de placement. L’épargne pourra ainsi être transformée en capitaux destinés au financement des entreprises et des projets économiques en RDC.
Autre enjeu : la valorisation des productions nationales. Le dispositif prévoit l’organisation de deux compartiments, à savoir la Bourse des valeurs mobilières et la Bourse des marchandises. Cette architecture doit notamment contribuer à améliorer la transparence des échanges, à renforcer la traçabilité de certains produits et à favoriser l’émergence de références de prix pour les matières premières et les produits agricoles.
La réforme prévoit par ailleurs un mécanisme de supervision à travers la création d’une Autorité des marchés financiers. Celle-ci aura notamment pour mission d’encadrer les opérations, de veiller à la protection des investisseurs et de lutter contre les pratiques susceptibles de compromettre l’intégrité du marché, notamment les manipulations de cours et les délits d’initiés.
À terme, le marché financier congolais pourrait également contribuer à la diversification de l’économie. En facilitant l’accès aux capitaux pour des entreprises actives dans l’agriculture, l’industrie, les infrastructures, les services ou encore les technologies, la Kinshasa Stock Exchange pourrait accompagner le développement de secteurs moins dépendants de l’exploitation minière.
L’enjeu dépasse donc la simple création d’une place boursière. Pour le Gouvernement, il s’agit de mettre en place une nouvelle infrastructure financière capable de rapprocher l’épargne des besoins de financement des entreprises, d’élargir les possibilités d’investissement et de soutenir la transformation structurelle de l’économie congolaise.
Toutefois, les effets de cette réforme dépendront de plusieurs conditions : la qualité de la régulation, la transparence des entreprises, la protection effective des investisseurs, la profondeur du marché et la capacité à instaurer durablement la confiance. La promulgation de la loi constituera ainsi une étape importante, mais le véritable défi sera sa mise en œuvre et la capacité du marché à attirer effectivement entreprises, épargnants et investisseurs.