Par Serge Mavungu
Le président Félix Tshisekedi a annoncé, jeudi, la convocation d’un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, présenté comme une initiative destinée à permettre aux Congolais de s’attaquer aux causes profondes des crises qui secouent le pays depuis plusieurs décennies.
S’exprimant depuis le Palais de la Nation, à Kinshasa, dans son adresse à la Nation, le chef de l’État a indiqué avoir pris cette décision après avoir consulté les institutions de la République, les forces politiques et sociales, les confessions religieuses, les autorités coutumières, les milieux scientifiques, plusieurs personnalités congolaises ainsi que certains dirigeants de la sous-région.
Selon Félix Tshisekedi, ce dialogue sera « une initiative souveraine, conçue par les Congolais et pour les Congolais », conduite sur le territoire national et exclusivement orientée vers les intérêts supérieurs de la nation.
Le président de la République a précisé que les assises réuniront les filles et les fils du pays autour de plusieurs impératifs, notamment la défense de la République, la consolidation de la paix, la préservation de l’unité nationale et la protection des intérêts stratégiques de la RDC.
Pas de négociation avec l’agresseur
Félix Tshisekedi a tenu à clarifier la portée de ce dialogue. Celui-ci, a-t-il affirmé, ne constituera ni une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs, ni un moyen de remettre en cause le choix souverain du peuple exprimé dans les urnes en 2023.
Il a également exclu toute perspective de suspension des institutions de la République, qui, selon lui, continueront à exercer pleinement leurs prérogatives jusqu’au terme constitutionnel de leurs mandats.
L’objectif affiché est plutôt de dépasser la logique des réponses ponctuelles aux crises et de s’attaquer aux facteurs structurels qui alimentent les conflits, les divisions et l’instabilité.
Le chef de l’État estime notamment que les précédents processus de dialogue ont souvent permis d’obtenir des accords ou de restaurer les institutions, sans toutefois empêcher la résurgence des crises. Il évoque, entre autres, l’insuffisance des mécanismes de suivi des engagements, la faiblesse des institutions et la concentration des processus politiques entre acteurs éloignés des réalités quotidiennes de la population.
Un dialogue qui partira des 26 provinces
Le président de la République Tshisekedi a annoncé une particularité majeure de ce nouveau processus : il ne commencera pas à Kinshasa, mais dans les 26 provinces du pays.
Avant la tenue des assises nationales, une vaste consultation politique et technique sera organisée dans chaque province. Des forums préliminaires seront ainsi convoqués dans les chefs-lieux provinciaux.
Ces rencontres devront réunir notamment les populations, les autorités locales, les députés nationaux et sénateurs élus de chaque province, les représentants des entités territoriales décentralisées et déconcentrées, les partis et regroupements politiques de la majorité comme de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses ainsi que les milieux professionnels, économiques et universitaires.
Cette démarche vise à donner au processus un ancrage territorial, en faisant participer les différentes composantes de la société congolaise à la définition des réponses aux crises que traverse le pays.
Pour Félix Tshisekedi, aucun accord ne peut produire une paix durable s’il n’est pas compris, approprié et défendu par la nation elle-même.
Washington et Doha en appui, mais pas en remplacement du dialogue national
Dans son adresse, le président de la République a également situé cette initiative dans le contexte des démarches diplomatiques en cours pour mettre fin à la crise dans l’Est de la RDC.
Il a cité les processus engagés à Washington et à Doha, ainsi que les initiatives conduites sous l’égide de l’Union africaine, avec l’appui notamment de la CIRGL, de la SADC, de l’Union européenne et des Nations unies.
Selon lui, le processus de Washington concerne principalement la dimension interétatique du conflit et les conditions d’une sécurité régionale fondée sur le respect de la souveraineté des États, tandis que le processus de Doha porte notamment sur la cessation des hostilités avec le FCN 23, les mécanismes de vérification, l’accès humanitaire et la stabilisation de l’Est.
Félix Tshisekedi considère toutefois que ces processus diplomatiques, aussi indispensables soient-ils, ne peuvent pas à eux seuls réparer les fractures internes de la RDC.
Le dialogue national annoncé doit donc constituer, selon le président, le volet intérieur d’une démarche plus large visant à consolider la cohésion nationale, renforcer les institutions et jeter les bases d’une paix durable.
« La République nous précède, nous dépasse et nous survivra », a déclaré le chef de l’État, appelant les Congolais à faire prévaloir l’intérêt supérieur de la nation sur les appartenances politiques, idéologiques ou communautaires.