Par Prosper Buhuru
Seize ans après l’assassinat de Floribert Chebeya et la disparition de Fidèle Bazana, la justice congolaise n’a toujours pas tranché sur les responsabilités présumées au sommet de la hiérarchie policière. Le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, a reçu ce jeudi 20 août 2026, les avocats des deux familles et des défenseurs des droits humains pour faire le point sur ce dossier.
La rencontre a notamment porté sur la procédure engagée en 2020 contre plusieurs hauts responsables, dont l’ancien inspecteur général de la Police nationale congolaise, John Numbi, ainsi que le général Zelwa Katanga. Transmis à la Haute Cour militaire, ce dossier n’a, selon les informations disponibles, toujours pas été fixé depuis six ans.
Pour Samuel Mbemba, les procès déjà organisés ont essentiellement concerné les exécutants.
« Les hauts placés sont encore en cavale et pas encore jugés », a-t-il déclaré, estimant nécessaire de poursuivre la procédure afin d’établir toutes les responsabilités.
Floribert Chebeya, directeur exécutif de la Voix des Sans Voix, avait été retrouvé mort dans son véhicule à Kinshasa le 2 juin 2010. Son chauffeur, Fidèle Bazana, avait disparu le même jour et son corps n’a jamais été retrouvé.
En appel, le 11 mai 2022, la Haute Cour militaire avait notamment condamné Christian Ngoy Kenga Kenga à la peine de mort, tandis que Jacques Mugabo avait écopé de douze ans de prison. Le major Paul Mwilambwe avait, pour sa part, été acquitté. Le colonel Daniel Mukalay, condamné à quinze ans de prison, a été libéré en juillet 2025.
La procédure visant les hauts gradés constitue désormais le principal enjeu pour les familles et les organisations de défense des droits humains. Me Jean-Claude Katende, qui conduisait la délégation, a demandé au ministre d’accompagner les démarches afin que le procès soit fixé rapidement.
Les défenseurs des droits humains souhaitent également renforcer la mémoire de Chebeya et Bazana, notamment à travers la création d’un prix portant leurs noms. Cette proposition a reçu un accueil favorable du ministre.
À l’issue de la rencontre, aucune date de fixation du procès n’a toutefois été annoncée. Aucune nouvelle démarche concernant John Numbi, actuellement en exil, n’a non plus été rendue publique. Le volet relatif aux armes découvertes en 2010 et attribuées par le colonel Mukalay au général Numbi reste également sans suite connue.