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Dialogue sans prime aux armes : l’occasion de rompre avec le cycle congolais des arrangements politiques !

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Serge Etenkun, Coordonnateur du mouvement politique “Jeunesse Parle”
Serge Etenkun, Coordonnateur du mouvement politique “Jeunesse Parle”

Tribune de Serge ETINKUM ANZA, Coordonnateur et Initiateur du mouvement Jeunesse Parle

L’adresse à la Nation du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, annonçant la tenue d’un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État», constitue un moment important de notre vie nationale.

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Il faut commencer par saluer cette ouverture.

Dans une démocratie, dialoguer n’est ni un aveu de faiblesse ni une capitulation. Le dialogue est consubstantiel à la vie en société. Là où plusieurs opinions, intérêts, générations, communautés et sensibilités politiques sont appelés à vivre sous une même République, le dialogue constitue l’un des instruments fondamentaux de régulation des divergences.

Depuis l’Antiquité jusqu’aux démocraties contemporaines, les sociétés politiques ont compris une chose essentielle : lorsqu’il est sincère, organisé et orienté vers l’intérêt général, le dialogue permet de transformer les antagonismes en compromis et d’éviter que les contradictions politiques ne dégénèrent en conflits violents.

C’est donc avec responsabilité que nous accueillons la main tendue du Chef de l’État.

Mais saluer le dialogue ne doit pas nous dispenser d’interroger notre histoire.

Le Congo a beaucoup dialogué

L’histoire politique congolaise est jalonnée de dialogues, de conférences, de concertations, de conclaves et d’accords.

Notre indépendance elle-même fut précédée par la Table ronde de Bruxelles de 1960.

Après les crises qui ont suivi l’indépendance, plusieurs rencontres politiques ont été organisées pour tenter de restaurer la stabilité institutionnelle.

Au début des années 1990, la Conférence nationale souveraine porta l’immense espérance d’une transition démocratique et d’une rupture avec le système du parti-État.

Entre 1999 et 2003, le processus de Lusaka, les négociations de Sun City et l’Accord global et inclusif permirent de réunifier progressivement un pays déchiré par la guerre et conduisirent à la transition dite « 1+4 », puis au nouvel ordre constitutionnel et aux élections de 2006.

En 2008, la Conférence de Goma tenta de répondre aux conflits persistants dans l’Est.

En 2013 vinrent les Concertations nationales.

Puis, en 2016, face à la crise liée au processus électoral et à la fin du mandat constitutionnel, notre pays connut successivement le dialogue facilité par Edem Kodjo et les négociations conduites sous les auspices de la CENCO, qui débouchèrent sur l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Cette histoire nous impose aujourd’hui une interrogation : Pourquoi, après autant de dialogues, le Congo continue-t-il à rechercher la paix, la cohésion nationale et la stabilité de l’État ?

La réponse tient notamment aux limites récurrentes de nos processus politiques.

Trop souvent, les questions structurelles ont fini par être éclipsées par les arrangements institutionnels. Trop souvent, la recherche de la paix s’est confondue avec la redistribution des responsabilités politiques. Trop souvent encore, les accords ont été imparfaitement appliqués, tandis que les causes profondes des crises demeuraient intactes.

Il serait cependant historiquement injuste d’affirmer que tous les dialogues ont échoué. Sun City, par exemple, a contribué à la réunification du pays et à la mise en place de la transition qui conduisit aux élections de 2006. La Conférence nationale souveraine demeure, elle aussi, un moment majeur de libération de la parole politique congolaise.

Mais leurs acquis n’ont pas suffi à régler durablement les problèmes structurels de la République.

C’est précisément de cette histoire que le prochain dialogue doit tirer les leçons.

Cette fois, il ne s’agit pas de résoudre une crise de légitimité institutionnelle

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C’est, à mes yeux, la différence fondamentale entre le processus annoncé par le Président Félix Tshisekedi et plusieurs grands dialogues politiques qui l’ont précédé.

La Table ronde répondait à la question de l’accession du Congo à la souveraineté.

La Conférence nationale souveraine intervenait dans une crise profonde du système politique et de la transition vers le multipartisme.

Sun City devait mettre fin à une guerre ayant fragmenté le territoire national et reconstruire un ordre politique commun.

Les dialogues de 2016 étaient, quant à eux, intimement liés à la question du calendrier électoral, de la fin des mandats constitutionnels et de la légitimité des institutions durant la période préélectorale.

Le dialogue annoncé aujourd’hui procède d’une autre logique.

Il n’est pas convoqué pour créer une nouvelle légitimité à la place de celle issue des institutions constitutionnelles.

Il doit être compris comme l’ouverture d’un Président de la République qui, en démocrate, décide de tendre la main aux autres composantes de la Nation pour rechercher collectivement des solutions aux maux profonds qui fragilisent notre société.

Voilà pourquoi ce dialogue ne doit pas devenir un marché politique.

Il doit devenir un laboratoire national de solutions.

Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui obtiendra quel ministère, quelle entreprise publique ou quelle position institutionnelle à la sortie des assises.

La question fondamentale doit être : quel Congo voulons-nous laisser aux générations qui viennent ?

26 provinces : sortir enfin le dialogue des salons de Kinshasa

Une autre innovation mérite d’être saluée : la volonté présidentielle de commencer le processus par des consultations dans les 26 provinces de la République.

Cette orientation est politiquement importante.

Pendant trop longtemps, la vie politique congolaise a donné l’impression que la Nation entière pouvait être résumée aux états-majors politiques de Kinshasa.

Pourtant, le Congo réel est ailleurs aussi.

Il est à Goma et Bukavu. À Kisangani. À Kananga et Mbuji-Mayi. À Kikwit et Bandundu. À Lubumbashi et Kolwezi. À Mbandaka, Gemena, Bunia, Isiro, Kindu, Matadi et dans nos territoires, secteurs, chefferies et villages.

Les problèmes du Congo ne sont pas exclusivement ceux de sa capitale.

Consulter les provinces signifie reconnaître que la République ne peut plus être pensée uniquement depuis Kinshasa.

Le dialogue annoncé prévoit d’ailleurs une participation allant bien au-delà des partis politiques : société civile, confessions religieuses, autorités coutumières, milieux économiques, professionnels, universitaires et scientifiques, femmes, jeunes, travailleurs, personnes vivant avec handicap, entrepreneurs, agriculteurs, enseignants, chercheurs, artistes, professionnels de santé, acteurs du secteur informel et diaspora.

C’est cette diversité qui peut donner au mot « inclusif » son véritable contenu.

L’inclusivité ne consiste pas uniquement à réunir tous ceux qui possèdent une carte de parti politique. Elle consiste à permettre au Congo dans sa diversité sociale, territoriale, générationnelle et professionnelle de prendre part à la définition de son avenir.

Dialoguer, oui. Récompenser les armes, non

Sur cette question, la position exprimée par le Chef de l’État rejoint un combat que Jeunesse Parle porte depuis plusieurs mois.

Lorsque nous avions rencontré le pasteur Ejiba Yamampia, dans le cadre des initiatives autour du dialogue national, nous avions clairement exposé notre ligne :

le dialogue national ne doit jamais devenir un mécanisme de consécration de l’impunité ni une voie d’accès au pouvoir pour ceux qui choisissent les armes contre la République.

Cette position n’était dirigée contre personne. Elle reposait sur un principe républicain.

Car une démocratie créerait un précédent extrêmement dangereux si elle donnait le sentiment qu’il existe deux chemins pour accéder aux responsabilités publiques : les urnes pour les citoyens pacifiques et les armes pour ceux qui refusent les règles démocratiques.

Quel message adresserions-nous alors au jeune Congolais qui choisit les études, l’entrepreneuriat, l’engagement citoyen ou les élections pour servir son pays ?

Quel message adresserions-nous aux soldats qui tombent pour défendre l’intégrité du territoire ?

Et surtout, quel message adresserions-nous aux victimes des guerres successives ?

C’est pourquoi nous saluons la fermeté exprimée par le Président de la République concernant les acteurs qui continuent à combattre la République, à occuper une partie du territoire ou à servir des intérêts étrangers.

L’AFC/M23 ne peut être transformée, par la seule vertu d’un dialogue, de mouvement armé en composante politique récompensée pour sa rébellion.

La paix exige le dialogue. Mais la paix exige également la justice.

La justice transitionnelle : réconcilier sans organiser l’amnésie

C’est également dans cet esprit que nous saluons la place accordée à la justice et à la reconnaissance des victimes.

La justice transitionnelle repose précisément sur cette idée fondamentale : une société peut rechercher la réconciliation sans effacer la vérité.

Réconciliation ne signifie pas amnésie.

Pardonner n’est pas nier.

Dialoguer n’est pas absoudre automatiquement.

La paix durable suppose que les victimes soient entendues, que la vérité soit recherchée, que les responsabilités soient établies et que des mécanismes de réparation et de non-répétition soient envisagés.

La RDC ne peut continuer à résoudre ses crises en changeant uniquement les titulaires des fonctions publiques tandis que les victimes disparaissent de l’agenda politique.

Cette fois, les victimes doivent avoir une chaise à la table de la République.

Le dialogue promis au Gabon prend forme

À Libreville, devant la diaspora congolaise, le Président Félix Tshisekedi avait annoncé qu’il préciserait prochainement les contours du dialogue, en indiquant que celui-ci ne serait pas semblable aux processus que le Congo avait connus par le passé.

L’adresse à la Nation vient donner corps à cette promesse.

Il appartient désormais à tous les acteurs de veiller à ce que cette différence annoncée ne soit pas seulement sémantique ou organisationnelle.

Elle doit être substantielle.

Le Congo n’a plus besoin d’un dialogue supplémentaire dont les conclusions rejoindraient les archives de la République.

Il a besoin d’un dialogue capable de produire des engagements mesurables, des réformes identifiables, un calendrier d’exécution et des mécanismes de suivi.

Ce dialogue doit être le dialogue des questions séculaires

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Notre souhait est que ce rendez-vous permette enfin d’aborder les problèmes que notre pays transporte parfois depuis plusieurs générations.

Pourquoi, plus de six décennies après l’indépendance, l’autorité de l’État demeure-t-elle fragile sur certaines parties du territoire ?

Pourquoi les conflits armés se reproduisent-ils ?

Comment reconstruire une armée véritablement républicaine, professionnelle et dissuasive ?

Comment garantir une justice indépendante et accessible ?

Comment réconcilier durablement les communautés ?

Comment faire de la décentralisation une réalité ?

Comment mettre nos immenses ressources naturelles au service du développement humain ?

Comment construire des infrastructures capables de relier réellement les provinces ?

Comment créer suffisamment d’emplois pour notre jeunesse ?

Comment renforcer l’école, l’université, la recherche, l’agriculture et l’industrie ?

Comment restaurer l’autorité de l’État tout en renforçant l’État de droit ?

Voilà les questions qui doivent occuper le dialogue.

Si nous nous réunissons uniquement pour discuter des personnes, nous préparerons déjà le prochain dialogue.

Si nous nous réunissons pour transformer les institutions, corriger les mécanismes qui produisent les crises et définir un véritable pacte national de développement et de cohésion, alors nous pouvons faire de ce rendez-vous le dernier grand dialogue de crise de notre génération.

La jeunesse ne peut plus attendre dans l’antichambre de la République

Nous saluons particulièrement l’appel lancé par le Président Félix Tshisekedi à la jeunesse congolaise.

Cette jeunesse ne doit plus être simplement présentée comme « l’avenir du Congo ».

Elle est déjà son présent.

Elle constitue une force démographique, économique, intellectuelle, culturelle et politique considérable.

Mais pendant trop longtemps, les jeunes ont été davantage sollicités pour applaudir, mobiliser, battre campagne ou remplir les salles que pour participer réellement à la construction des décisions publiques.

C’est précisément ce paradigme que Jeunesse Parle cherche à changer.

Notre mouvement est né d’une conviction simple : la jeunesse congolaise doit retrouver la parole.

Elle doit comprendre les enjeux de la République. Elle doit débattre. Elle doit questionner. Elle doit proposer. Elle doit apprendre à confronter démocratiquement ses idées. Elle doit participer à la définition des politiques publiques.

C’est dans cette logique que Jeunesse Parle a entrepris un travail de sensibilisation et de proximité à Kinshasa comme dans plusieurs provinces, notamment dans l’espace du Grand Bandundu — au Kwango et au Kwilu — ainsi que dans l’espace du Grand Katanga.

Notre démarche reste la même : rapprocher le débat national des jeunes, et rapprocher les préoccupations des jeunes des lieux où se prennent les décisions.

Nous ne voulons plus d’une jeunesse spectatrice de l’histoire écrite par les autres.

Nous voulons une jeunesse actrice de l’histoire nationale.

Faire de ce dialogue un nouveau contrat national

Le Président de la République vient d’ouvrir une porte.

La responsabilité appartient désormais à tous.

Au pouvoir comme à l’opposition.

Aux institutions comme à la société civile.

Aux confessions religieuses comme aux autorités traditionnelles.

Aux intellectuels, entrepreneurs, travailleurs, femmes, jeunes et membres de la diaspora.

Mais cette responsabilité implique également une vigilance collective.

Nous devons empêcher que le dialogue soit capturé par les calculs politiciens.

Nous devons empêcher qu’il se transforme en foire aux postes.

Nous devons empêcher que ceux qui ont pris les armes puissent considérer la violence comme un raccourci vers le pouvoir.

Et nous devons surtout empêcher que les recommandations issues de ces assises connaissent le sort de tant de résolutions adoptées avec enthousiasme avant de disparaître dans les tiroirs de l’administration.

Le véritable succès du dialogue ne se mesurera donc ni au nombre de participants, ni à la longueur des discours, ni aux images de poignées de main.

Il se mesurera à ce qui changera concrètement dans la vie de la République après le dialogue.

Pour cette raison, nous plaidons pour que les conclusions essentielles qui en sortiront soient accompagnées d’un mécanisme précis de mise en œuvre, d’évaluation et de reddition des comptes.

Notre génération doit apprendre une leçon de notre histoire : un accord politique sans mécanisme d’exécution n’est souvent qu’une promesse différée.

Jeunesse Parle répond présent

Au moment où s’ouvre cette nouvelle étape, Jeunesse Parle salue l’initiative du Président de la République et se tient prêt à accompagner ce processus pour contribuer à sa réussite.

Nous l’accompagnerons avec enthousiasme lorsqu’il renforcera la paix, la cohésion nationale, la démocratie, la justice et la participation citoyenne.

Nous l’accompagnerons également avec vigilance, car accompagner la République ne signifie pas renoncer à l’esprit critique.

Nous porterons particulièrement la voix de cette jeunesse congolaise qui demande moins de slogans et davantage de responsabilités ; moins d’instrumentalisation et davantage de participation ; moins de promesses et davantage d’opportunités.

Notre conviction demeure intacte :

Oui au dialogue.

Oui à la réconciliation.

Oui à une République capable de se parler à elle-même.

Mais non à l’impunité.

Non à la transformation des armes en raccourci vers le pouvoir.

Non à un nouveau partage des postes présenté comme solution aux problèmes du peuple.

Le Congo a suffisamment dialogué pour apprendre de ses dialogues.

Cette fois, il ne s’agit plus simplement de réunir les Congolais autour d’une table.

Il s’agit de construire autour de cette table un nouveau contrat national : un Congo où l’on accède au pouvoir par les urnes et non par les armes, où la paix ne sacrifie pas la justice, où les provinces participent à la décision nationale et où la jeunesse ne regarde plus l’histoire passer, mais contribue à l’écrire.

C’est à cette condition que le dialogue annoncé pourra véritablement marquer une rupture avec le passé.

Et peut-être pourrons-nous alors dire, demain, que le dernier grand dialogue congolais n’aura pas seulement réglé une crise : il aura enfin traité les causes qui les reproduisent.

Par Serge ETINKUM ANZA

Coordonnateur et Initiateur du mouvement Jeunesse Parle

Vendredi 28 août 2026 - 18:37