Par Denise Kyalwahi
À Beni, dans la province du Nord-Kivu, des familles issues de la communauté pygmée, déplacées par les violences armées, vivent une période particulièrement difficile. Installées sur le site de Kipriani, ces personnes disent éprouver de nombreuses difficultés à s’adapter aux conditions de vie en milieu urbain, loin de leurs terres, de leurs champs et de leur environnement habituel.
Rencontrés par Opinion-Info à Kipriani, ces déplacés expliquent avoir quitté le quartier de Ngadi à la suite de plusieurs attaques meurtrières attribuées aux groupes armés, notamment aux ADF. Parmi les victimes enregistrées dans cette zone figure l’artiste comédien Mangese, tué le 30 mai 2026.
Pour ces familles, le déplacement ne représente pas seulement une perte de logement. Il signifie également l’abandon de leurs activités traditionnelles et de leurs moyens de subsistance. Certains affirment souffrir particulièrement de l’inactivité et de l’impossibilité de retourner cultiver leurs champs.
Un membre de la communauté raconte avoir perdu sa fille et son beau-fils lors des violences à Ngadi.
« J’ai perdu deux membres de ma famille à Ngadi, mon beau-fils et ma propre fille. Mon beau-fils était retourné chercher quelque chose avant de tomber sur l’ennemi. Il a tenté de fuir, mais il a été criblé de balles. Nous voulons maintenant retourner chez nous, dans la brousse. J’ai un champ qui m’attend à Mbutaba et je souffre ici parce que je reste sans rien faire », a-t-il témoigné.
Au-delà des difficultés économiques et sociales, les déplacés évoquent également des problèmes de santé. Mantu Sofele, membre de cette communauté, estime que plusieurs maladies auxquelles les familles sont confrontées en ville leur sont moins familières que celles rencontrées dans leur environnement d’origine.
« La situation est difficile parce que nous sommes confrontés à des maladies que nous connaissons peu. Nous mourons chaque jour. Nous bénéficions de l’encadrement du mwami de Bapakombe-Bakondo. Nous demandons aux décideurs de tout faire pour rétablir rapidement la sécurité chez nous. Sinon, nous continuerons à vivre dans la peur », ajoute-t-il.
Ces familles appellent ainsi les autorités congolaises à renforcer les efforts en faveur de la sécurité dans leurs zones d’origine. Leur principale revendication reste le retour à la paix, qui leur permettrait de regagner leurs villages, retrouver leurs champs et reprendre leurs activités traditionnelles.
Le quartier de Ngadi, situé dans la commune de Ruwenzori à Beni, a déjà été frappé par plusieurs épisodes de violence. Dans la nuit du 15 octobre 2014, une attaque attribuée aux ADF y avait notamment coûté la vie à plus de 30 civils.
Aujourd’hui encore, l’insécurité continue de pousser des familles à quitter leurs milieux de vie. À Kipriani, les familles pygmées déplacées tentent de s’adapter à leur nouvel environnement, malgré le manque d’activités et les difficultés quotidiennes.
Pour elles, l’avenir reste étroitement lié au rétablissement de la sécurité. Leur souhait est simple : pouvoir retourner sur leurs terres, retrouver leurs champs et reconstruire une vie conforme à leurs habitudes et à leur culture.